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par LeBeauSon - mars 2020


C’est devenu très tendance, depuis quelques temps, d’évoquer béatement ou doctement le grand retour du disque vinyle (ou microsillon) sur le devant de la scène : « vous vous rendez compte : les ventes de vinyles dépassent celles du CD ! ».

Oui Tonton Lebeauson… Et que dire de ces nouveaux passionnés du magnéto à bandes ?
Encore un truc d’audiopathe ? Tu l’évoques plus loin ? Oui, pardon, je m’emporte.

 

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Données officielles des maisons de disques qui n’incluent pas le marché de l’occasion au moins autant en forme, avec le triste corollaire de placer les prix sur une courbe inflationniste. C’est dire. Les petits disquaires de Soho où on pouvait tout trouver du vil prix jusqu’à la pièce quasi unique (façon le touchant : « High Fidelity » de Nick Hornby, assez bien transposé à l’écran par Stephen Frears mais… à Chicago !) se sont transformés en galeries d’art.

Mais qu’est-ce que le film de Stephen Frears a vieilli !

Du portrait de cet adulte un peu coincé dans son adolescence qui remonte la piste de ses échecs amoureux pour comprendre le ratage de sa vie ponctuée de « playlists » de la pop des années soixante et soixante-dix, restent deux points inoubliables : les apparitions illuminées de Jack Black et une tirade d’anthologie : « je ne sais pas si j’écoute de la pop parce que je suis déprimé ou si c’est parce que j’écoute de la pop que je suis déprimé… »


Mais… On s’égare, non ?

Euh… Un peu, oui.


Pondérons toutefois le chant glorieux en précisant que parmi les chiffres qui font sourire (avec tendresse, que ce soit clair), on apprend qu’un tiers des acheteurs de microsillons n’a pas de quoi les lire. C’est mignon non ?

Est-ce un phénomène « prix littéraires », ces bouquins qu’une certaine bourgeoisie achète pour agrémenter la bibliothèque ? Sans jamais les ouvrir, évidemment.

 

N’est-ce pas un phénomène « legs aux jeunes qui réécoutent de la musique » ?
Celle des anciens… Le cadeau facile, qui sous-entend : « je sais mieux que toi »… tendance très actuelle aussi.
Décidément, on va croire que je ne fais que du mauvais esprit.

 

 

Sans doute en partie, mais pour l’essentiel je ne crois pas. Je subodore que ces achats correspondent plutôt à l’envie d’un retour à des sensations, du tactile, de l’humain et on verra plus tard pour le tourne-disque : les avoir en main, c’est déjà en humer la saveur artistique.

Autre point de pondération : la vente vinyle dépasse certes le CD mais parce que le marché de celui-ci dévisse vers la chute libre. Si on compte ce qu’on appelle désormais les « équivalents ventes » et les téléchargements légaux, je pense que le revival vinyle devient relatif et possiblement marginal.

 

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Peu importe, le phénomène est réel.

Aussitôt certains esprits retardataires ricanent en lisant dans le comeback du vinyle la preuve prémonitoire d’un retour du CD dans quelques années. Non. Bien sûr que non, aucun rapport : le CD est du domaine de la préhistoire pour les jeunes générations ; je ne vois aucun d’entre nous regretter les floppy disks.

Ah, vous ne savez même pas ce que c’est ? Normal…

Le microsillon vinylite a représenté un champ d’ouverture culturelle pendant de longues décennies, le CD un relais pour éviter le coma industriel, pas une richesse en soi.

Le réveil de la bande magnétique analogique, comme support physique insurpassé ? A la rigueur. En négligeant un léger détail pour les amoureux de musique : l’offre disponible sur ce genre de support, par ailleurs périssable, est rare, et souvent d’un intérêt musical limité. On verra donc surgir des bandes magnétiques chargées de programmes dont l’origine analogique est discutable. Hors sujet ? Non, vous verrez plus loin. Tonton Lebeauson digresse souvent mais s’égare rarement.

Non mais…

Car, pour se recentrer sur notre sujet, il y a, derrière la résurgence de la galette noire partie pour durer -, beaucoup de simplifications de pensées, voire de mensonges.

Doit-on se réjouir ou pas de cette reconquête ? De mon côté, Tonton Lebeauson, je m’en réjouis. Sans me méprendre sur ce qui motive l’engouement, où certains audiophiles - plus ou moins mélomanes - et mélomanes pas toujours bien informés, voudraient y voir le triomphe d’une qualité de reproduction qui n’a jamais été égalée.

Mmhhh… Si on veut. En fait non.

- Un plaisir différent, soit.

 

Un plaisir différent. Tu as raison Tonton.

Même si j’ai toujours un petit sourire lorsque, sur les salons hifi, les maîtres des lieux souhaitant séduire l’attention de l’auditoire extatique, venu écouter des grosses pétoires très chères, déploient les grands moyens : le vinyle. Et rebelote : Dave Brubeck, Stevie Ray Vaughan, Hugh Masekala, Dire Straits… Ou « Jojo ».

Petit piqure de nostalgie pas trop épuisante pour les neurones et qui prouve quoi, s’il vous plaît ?

 

... Il est sympa le patron, mais ses petites interruptions vont finir par m'agacer. Reprenons :

- Une qualité musicale plus facile à ressentir que sur la majorité des platines CD ? Mouais, à la rigueur. Pas sur tous les critères. Comme trop souvent à l’heure des réseaux sociaux, ramener un constat statistique à une vérité absolue contribue à entretenir la paresse intellectuelle.

 

- Une meilleure qualité musicale pour un budget inférieur en matériel ? Oui, possible.

J’ai l’impression cependant, à côtoyer bon nombre d’individus concernés, que la renaissance du sillon noir tient plus d’un épiphénomène social, et plus précisément la recherche d’une plus intense valeur culturelle* que d’un simple constat d’aptitude sonore supérieure.

Je soupçonne, sans certitude, que l’enthousiasme proclamé pour le microsillon repose avant tout sur les jeunes générations.

Parmi les plus anciens, hormis les nostalgiques, il y a ceux qui n’ont jamais abandonné leur collection et ceux qui commencent à s’équiper en vinyle sur le tard parce qu’ils ont l’impression d’avoir fait le tour du reste de l’équipement hifi ; mais ceux-là sont minoritaires, souvent plus hifistes ou consuméristes que mélomanes.

 

Pour une génération jeune, sevrée de dématérialisation, avoir un objet en main, que l’on peut toucher, manipuler, « protéger » est une thérapie contre la manie de l’accumulation de données éphémères ne laissant aucun repère clair sur des smartphones, qui sont aussi devenus :

 

- un appareil photo. Soit : qu’en est-il du jeu sur la profondeur de champ, des focales créatrices, des nuances de modelés ?

- une boîte postale. En quinze mots et émoticônes. Avec des correcteurs orthographiques qui réinventent le langage.

- une encyclopédie. Ouais, bon, Wikipedia n’est quand même pas la « Library of Congress…

- un journal intime. Mais que l’on expose sur les réseaux sociaux…

- un accès à des découvertes musicales partagées. C’est si doux de voir des amis qui séparent les oreillettes du smartphone pour percevoir l’un la voie gauche, l’autre la voie droite d’un tube plus ou moins dénué d’âme à travers le MP3 ou les diverses contraintes d’une écoute sous perfusion.

- un forum de découvertes ?…

You Tube, c’est génial, c’est vrai ; nonobstant qu’on passe d’un clip à l’autre par rebonds successifs en ayant parfois oublié la quête d’origine. Et puis regarder la musique n’est pas l’écouter. Or, à de rares exceptions près, les musiciens réfléchissent et construisent d’abord leur musique, la peaufine (ou pas) PUIS l’illustre avec l’image pour une promotion plus large, produisant parfois au passage de vraies petites perles visuelles. Mais c’est un instrument marketing, pas un « en-soi ».

Et, s’il vous plaît, évitez de riposter sur ce terrain, parce que, pas de chance, je viens du monde de l’image.

 

 

Ecouter un 33 tours est un moyen de s’approprier la musique. Une face, de courte durée, d’un objet à usage et sujet unique (comme un livre. Vous voyez ce que c’est quand même !), qu’il faut manœuvrer avec soin, amène à se concentrer mieux, voire y contraint ne serait-ce que de devoir se lever à la fin pour écouter la suite ou protéger le disque, la pointe de lecture. Songez combien cette locution est évocatrice : pointe de lecture…

 

On sait dès lors ce qu’on écoute ! 20 mn par face avec une grande pochette délicate entre les mains ramènent en classique à une seule œuvre ou la moitié ou moins, en jazz ou en variétés à cinq ou six titres par côté. Max.

Tandis que sur des CD de 70 mn ou plus, on avait un peu oublié cette concentration, cette dénomination précise des plages : entendre n’est pas écouter. Alors quid des playlists à rallonge, parfois générées par les plateformes de streaming (donc par les maisons de disques influentes) ? Elles peuvent transformer en zombie.

 

La rencontre avec le vinyle se fait quelquefois via la discothèque de papa qui nous bassine avec Pink Floyd ou Jimi Hendricks. Un jour, le gamin écoute et se dit : ah oui, c’est super ce truc là…

La qualité musicale est confondue avec le support, le ressenti artistique avec l’objet.

Ne nous y trompons pas : le revival va de pair avec la nostalgie – parfois plus romantique qu’émotive - et une réaction de rejet de la consommation de musique promue comme consommable pour ne pas dire denrée périssable.

 

Ce fatras de motivations et expériences engendre des confusions en pagaille dans les esprits sur la façon d’aborder l’écoute du vinyle ; or, de trop nombreux « professionnels » n’ont pas toujours le recul ou l’érudition nécessaire pour répondre à toutes les questions. On entend donc beaucoup de n’importe quoi.

Comme dans de nombreux domaines ! – m’opposerez-vous, chers membres du cynisme désabusé ambiant.

 

Oui, mais non. La vérité de la reproduction d’un art, quel qu’il soit, est un domaine dans lequel il n’y a pas de réponses définitives, uniques, absolues.

Essayons néanmoins de mettre un peu d’ordre dans tout ça. Mettre de l’ordre dans mon cerveau déjà.

Me prouver que j’ai un cerveau.

 

Je vais donc faire semblant de diviser mon discours en diverses parties claires et agencées.

 

Solid Royal Vollausbau

 

Partie une : Platine neuve ou d’occasion ?

Première tarte à la crème : il vaut mieux acheter une platine d’antan qu’une moderne parce qu’on maitrisait mieux le sujet à la « Grande Epoque » du « copolymère de chlorure et d’acétate de vinyle »…

Ma réponse est : « homppfff ». Ce qui est la traduction phonétique d’un haussement d’épaule. Mais fidèle à moi-même et à la norme de la rédaction depuis des articles antérieurs, j’aurais pu dire « Honkrrr »…

D’abord de quelle époque parle-t-on ? Ne confondons pas la production des disques et celle des platines. Dites-vous bien que si indéniablement en France, nombreux sont ceux qui ont abandonné leur collection de microsillons lors de l’essor du CD, des mélomanes d’autres contrées, non moins nombreux, sont restés attachés à leur trésor.

La production de platines tourne-disques n’a jamais cessé pendant cette traversée du désert pour certains, période de pérennité rebelle pour d’autres, et il y a de nos jours une maitrise mécanique qui peut dépasser la tête haute les références de la glorieuse époque.

Certains bras récents ont des performances rarement (jamais ? Bouh, l’iconoclaste !!!) atteintes autrefois.

Comme d’habitude au moment de s’engager dans une voie (un choix, ouh là, un choix ?), il faut savoir positionner les divers curseurs.

- Au bel âge des platines vinyles, une large majorité d’objets d’une grande banalité coudoyaient certaines stars d’alors franchement inécoutables sauf à chercher des colorations jolies qu’on a certes le droit d’apprécier. Et que certains fabricants d’aujourd’hui perpétuent. Bien sûr, brillaient aussi quelques sublimes réussites qui n’ont pas pris une ride mais, comme pour toute la haute-fidélité, moins qu’on ne le croit.

- Maintenant, si le plaisir d’une pseudo-nostalgie (je parle des jeunes gens dont la nostalgie est celle d’une époque qu’ils n’ont pas connue) intègre l’idée d’écouter de vieux disques sur une vieille platine achetée à un brocanteur ou un vide-grenier, soit, rien à redire. Si, quand même : dommage…

Songez toutefois, dans ce cas, qu’il y a un peu partout des petits spécialistes qui chinent à votre place et savent remettre les vestiges en état de marche. Ça vous coutera une poignée de sous en plus, mais vous aurez un engin qui fonctionne.

- En revanche sortez-vous de l’esprit qu’une Thorens TD166 était une bonne platine. Je prends un exemple parmi des centaines. La renommée de Dual était celle de Censuré par la Direction aujourd’hui. Pas la preuve d’une qualité. Une Linn ? Vous voulez vraiment qu’on en parle ? Non, vaut mieux pas. Vas-y, la Direction : censure-moi, mon avis n’engage que moi… D’autant que je me contente de penser que le côté usine à gaz est quand même très audiophile.

 

- Quant à ceux qui s’achètent une Clément, EMT ou autre objet de ce gabarit, ou une Garrard, ce n’est évidemment pas la même quête. Celle d’un son typé, daté, avant tout très expressif, peut se comprendre mais attention au choix de la cellule alors.

On trouve aujourd’hui des platines neuves dans les 400 € qui font un travail honorable et si vous poussez le curseur jusqu’à 1200 €, croyez-moi vous atteindrez un niveau de qualité bien supérieur à bon nombre de platines anciennes coûteuses. Au-delà de ce budget, il n’y a guère de platines anciennes qui ne soient ratatinées, sauf évidemment à se tromper dans le choix d’une platine neuve.

 

Observations désordonnées qui ramènent à une question générique : toutes les platines vinyles sont-elles musicalement bonnes ? Non.

Il faudrait certes d’abord définir ce qu’on entend par là, mais si on décide de retomber dans le vocabulaire précieux du petit audiophile parfait : justesse, équilibre, transparence, neutralité (rappelez-vous que dans l’esprit de Tonton Lebeauson, votre serviteur, c’est un gros mot !), et même si on pousse vers un vocabulaire qui est plus le mien, l’expressivité, le swing, la vie, le naturel, la réponse reste clairement : non !

Il faut d’emblée intégrer que, pour en juger, les critères sont légion et pas toujours faciles à réunir : platine, bras, cellule, préampli-phono. Ah oui, la qualité du support aussi…

Toutes considérations, évidemment, dans une attente qui vise à tirer le meilleur du microsillon, pas celle où la satisfaction de retrouver un son d’époque sur un Teppaz frôle l’extase.

Dans ce domaine de la haute-fidélité, comme dans les autres, ne vous laissez par séduire par les vérités toutes faites ou les sirènes de la publicité, des forums, des mensonges du temps. Pensez avant tout à votre propre rapport à la musique et, au sens plus large, à votre exigence ou perspective. Personne ne peut dicter votre choix sur un critère essentiel : la mesure de votre bonheur. Par conséquent si vous aimez la musique, pensez long terme : acheter sur un coup de tête ou sur une fausse impression est une perte d’argent.

 

Préampli-phono ai-je dit en cours de route. Si vous ne savez pas ce que c’est, vous aurez les explications dans un article intitulé… Euh : préampli-phono. Keskecé ?

Parce que j’ai beaucoup d’imagination.

Et puis tiens, je vais aussi en prévoir un qui expliquera diverses choses de bases qu’il est bon de connaître avant d’acheter une platine. D’accord ?

Oui, évidemment, vous êtes d’accord, du moment que c’est moi qui bosse…

 


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Partie deux : Vinyles neufs ou d’occasion…

Ah, je ne vais pas faire que des heureux. J’entends déjà carillonner les mécontents. Il faut dire que j’écris cet article à la veille de Noël, les carillons sont les bienvenus.

- En ce qui me concerne, la plénitude du vinyle s’inscrit prioritairement dans une logique technique à condition de la respecter d’un bout à l’autre, à savoir une chaîne analogique intégrale à la production : micros, préamplificateurs-micro, tables de mixages et pourquoi pas les effets, ainsi bien sûr que les bandes magnétiques jusqu’au Master.

 

Ce qui sous-entend que les vinyles produits à l’ère numérique rompent cette chaîne.


Mais, dans votre rapport à la galette noire, replaçons cette fois encore les curseurs :

- si votre gourmandise tient purement et simplement à l’objet, à l’idée d’admirer les grandes pochettes, et que vous détestez toute idée de musique dématérialisée, bien, c’est dit : vous avez fait un choix.

Pourquoi cette précaution verbale ?
Parce que dans l’ensemble les disques « vinylite » actuels sont plutôt moyens, voire horribles. Techniquement. Nous expliquerons plus bas les raisons d’un constat récurrent, mais commençons par parler de vous.


Ce qui conduit à séparer deux cas de figure :

- la musique actuelle, je veux dire produite de nos jours.

Honnêtement, le vinyle n’apporte pas grand-chose, voire est moins bon que le fichier 16/44 ou HR (Haute Résolution) correspondant, à qualité de matériel comparable, bien évidemment (condition pas forcément facile à estimer, je vous l’accorde).

Par amour des artistes, il m’arrive parfois d’acheter le vinyle d’une production que j’aime particulièrement, par exemple le MassEducation de St Vincent (on me l’a offert, en vérité), LE Billie Eilish ou Vulnicura de Björk parce que l’objet est sublime.

Je les écoute peu (sauf le St Vincent) car les fichiers offrent une qualité bien supérieure. Vulnicura du fait de la qualité inouïe du fichier HR, LE Billie Eilish parce que le pressage (orange) proposé par l’éditeur est quand même franchement médiocre. Bruit de fond (un souffle ronronnant), craquements électrostatiques et d’une manière générale une grande simplification. Le fichier, « seulement » 16/44, est clairement plus limpide, plus touffu et plus habité.

Il y a certes dans la musique électro par exemple, des produits tout à fait recommandables en vinyle, à croire qu’ils ont été conçus en intégrant les limites de la reproduction vinyle actuelle.

De même, dans la production contemporaine, notons qu’il y a des artistes ou des petits éditeurs de musique culturellement enthousiasmante (Megadisc Classics entre autres) qui reviennent au tout analogique (nous prévoyons un reportage dans quelque temps), à savoir une ligne complète du micro jusqu’au Master dans des processus courts (pas d’effets artificiels).

 

- la musique d’autrefois, celle produite en analogique de bout en bout, donc avant l’avènement du CD.

Pas d’hésitation : fouinez et achetez des pressages d’époques ! A quelques rares exceptions près, même des troisième ou quatrième tirages poussiéreux seront plus riches (plus variés, plus chantants, plus souples, plus organiques) que les pressages modernes sauf à se ruer sur les versions économiques des rayons des premiers supermarchés. Et encore…

Je ne suis pas en train de dire que tout était idyllique au bon vieux temps du microsillon. Par exemple, sur les dernières années de l’ère analogique, trouver un pressage EMI France qui ne fût pas voilé relevait de l’exploit.

De même, selon les usines, les pressages n’étaient pas toujours qualitatifs, question de matière peut-être. J’ai par exemple un coffret des Symphonies de Beethoven par Karajan édition 62, premier pressage français numéroté. Honnêtement, le résultat sonore n’est pas terrible, un peu sec, étroit. Alors que la réédition HR disponible sur Qobuz est tout simplement grandiose, au point de me demander de quelle « archive » les ingénieurs du son ont pu partir pour produire ce nouveau Mastering. Autrement dit, la captation n’est pas en cause. Certains mélomanes faisaient reproche à Deutsche Grammophon de prises de son un peu corsetées, raides. Au fur et à mesure que sont rééditées ces vieilles bandes en HR (même en CD : j’en prends pour preuve les magnifiques Bartók de Géza Anda avec Fricksay), on s’aperçoit que le problème tenait plutôt aux pressages. Pas tous évidemment.

Ce qui nous renvoie à la question des pressages…

Je reste pour le moment sur le Mastering, pour lequel j’emploie souvent le néologisme « masterisation ».

 

Le Mastering. Première étape de l’écueil des rééditions.

Je vous avais prévenu, mon speech est un peu désordonné, mais il y a tant à dire.

La plupart des vinyles édités de nos jours le sont en partant d’un Master numérique réadapté à la va-vite en RIAA (lire l’article Préampli-phono) pour graver le Lacquer Master (Laque) ou son équivalent DMM (Direct Metal Mastering)

Point notable de la rupture de la cohérence du « tout analogique ».

Et quand bien même le Master est Haute-résolution, il faut le ramener à des normes compatibles avec les possibilités techniques du vinyle. Or, il est clair que les éditeurs disposent de moins de choix qu’à la « belle » époque, choix de matériel, préamplis notamment, pour cette étape obligatoire, et probablement aussi choix de machines à graver et tout ce qui entoure ces étapes préparatoires.

Il suffit d’écouter des vinyles modernes réédités avec une revendication audiophile et un travail objectivement soigné (Classic Records, Analogue Productions et autres) pour constater que les productions de chacun partagent une colorimétrie identique, un côté un peu répétitif, et que la comparaison avec un pressage ancien tourne dans 90 % des cas en faveur de celui-ci.

Profitons de ces mêmes petits éditeurs indépendants qui proposent des rééditions de « Kind of Blue »** ou autres bijoux pour aborder un autre détournement probable de la vérité : ils prétendent ou laissent entendre repartir du master analogique original ; mouais… La durée de vie d’une bande magnétique analogique parfaitement entretenue (c’est-à-dire des conditions optimales de température et hygrométrie, déroulage et enroulage régulier de la bande pour éviter que les spires collent, sans parler du syndrome sticky-shed) est de combien ? 10/15 ans sans perte ? Or, Miles Davis n’était pas à cette époque une star telle qu’on protégeait ses chefs-d’œuvre comme des trésors de musée.

On faisait certes des copies de sécurité, mais chaque copie analogique représente une perte de signal difficile à quantifier car dépendant de tant de paramètres, à commencer par la nature du matériel, les alignements de tête, la qualité des bandes et j’en oublie. Jusqu’au moment où on s’est contenté de protéger sur des masters numériques de première génération censés ne rien perdre dans le temps, ce qui est une illusion, mais qui, sans autre précaution, étaient aussi nettement moins bons que la base analogique…

Mais bon : admettons qu’un de ces éditeurs ait réellement accès à une bande analogique, il devra traiter le souffle de bande qui n’a pu que s’accroître avec le temps… Or traiter le souffle en analogique n’est pas sans conséquence. Tant de questions sans réponses qui expliquent peut-être les désillusions des rééditions modernes.

Autre question à laquelle je n’ai jamais eu de réponse : pourquoi ne repart-on pas du Lacquer Master d’origine, ou au moins d’un Père (étape intermédiaire (Stamper, jeu de positif/négatif)) d’où on tire les matrices de pressage ? Lui aussi est-il trop usé ? Il faut reconnaître qu’il est réputé fragile. Or, certains ont dû servir à produire de trop nombreuses matrices.

 

Admettons que le travail de Mastering et de Cutting (gravure) soit impeccable. Reste à affronter un autre péril :

Le pressage

 

Voyez ? Je retombe toujours sur mes pattes.

On le constate souvent à l’écoute de vinyles actuels : le son est un peu dur, manque d’articulation et de ductilité, les timbres peuvent même être rêches. Ajoutons des craquements électrostatiques.

La masterisation n’est pas seule fautive : le pressage peut être un important facteur de médiocrité.

Qualité technique du process, certes, mais là encore, il y a des petites unités de pressage qui font un travail particulièrement soigné et sont d’ailleurs parfois équipées d’une ligne analogique complète.

Pour flatter une perception théorique très audiophile du pressage, ils proposent des pressages 180 voire 200 g ! La raison invoquée est : plus la matière est épaisse, plus la gravure est stable. Sans parler de la planéité et d’une meilleure résistance au coup de chaud.

Ce à quoi d’autres audiophiles mélomanes opposent : on grignote de l’info dans la matité d’une trop grande quantité de matière ; et préconisent les 140/150 g d’autrefois. Voire moins quand la crise du pétrole est passée par là. J’aurais tendance à les rejoindre aussitôt que je compare des pressages audiophiles récents à des tirages anciens pas spécialement triés mais en tout cas plutôt malingres : l’expressivité, la richesse rythmique et l’ouverture sont nettement supérieures sur ces derniers.

Est-ce dû au dernier point qui pose question : la qualité de la matière vinyle elle-même ?

J’ai eu, il y a quelques années - alors que j’enquêtais pour comprendre le constat des impuretés sonores des pressages modernes -, une engueulade mémorable avec un industriel spécialiste qui m’avait affirmé (ce qui est possible, mais embêtant) qu’il n’y qu’un seul fabricant de matière vinyle au monde à l’heure actuelle et que toutes les unités de pressage passent donc par lui.

L’énervement obtus de ce monsieur ne répondait pas du tout à ma question : pourquoi donc un comportement sonore aussi différent face aux éditions anciennes ?

En continuant de creuser, j’ai compris que la matière vinyle n’est plus exactement la même que celle(s ?) d’autrefois, pour des raisons qu’on peut d’ailleurs comprendre, à savoir protection de l’environnement. Ou des ouvriers amenés à la côtoyer.

Soit. Mais un autre professionnel m’a aussi affirmé qu’une grande partie de la matière utilisée de nos jours est issue de recyclage, donc de moindre pureté………

Je n’aurais qu’un commentaire : Ggrrrrr…. Ou Honkrrr…

Par conséquent, je me dois d’orner toutes ces considérations d’index (1)(2)(3) comme sur Wikipédia, pour bien préciser que je n’ai pas à l’heure actuelle de sources sûres, en dépit de leur statut dans la profession. Péremptoires, oui. Fiables ? Je ne sais pas.

Mais le constat est là : les vinyles modernes sont à de rares exceptions près moins bons que les anciens.

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A l’issue de mon verbiage, quelles sont les conclusions ?

- si vous vous dirigez vers des musiques qui datent de l’époque du « tout analogique », fouillez plutôt du côté des pressages d’époque au lieu de vous ruer sur les pressages actuels. Vérifiez autant que possible que le disque n’est pas trop usé, pas trop sale, pas voilé et au-delà, éventuellement, commencez à creuser la question des origines des pressages en remontant vers les premiers selon l’importance que vous accordez au titre ou à l’artiste.

- et si vous tenez absolument à du neuf, privilégiez quand même, quand c’est possible, des petits éditeurs qui font un travail plus minutieux à toutes les étapes. Oui, bon, le prix…

 

A ceux qui craignent l’usure du disque trop vieillot, sachez qu’elle est souvent moindre qu’on ne le croit, sauf s’il a été écouté des milliers de fois sur un « tourne-disque » primitif ou un « mange-disque ».

Le plus souvent, ces bruits qui vous agacent tiennent à l’encrassement du sillon.

Vous l’ignorez peut-être, mais il y a des machines à laver les disques vraiment efficaces, qui restaurent quasiment le sillon. Pour info, nettoyer via ces machines un disque neuf, ça s’entend !

Indubitablement les meilleures sont coûteuses mais c’est un investissement qui peut se partager entre passionnés.

A ceux que la jungle de la disparité d’éditions d’époque inquiète, je conseille de vous rapprocher et devenir fidèle à un ou deux bons vendeurs spécialisés : ils vous rassureront sur ce que vous achetez, et certains sont même équipés de machine à laver les disques. Nouer une bonne relation avec ces disquaires qui, dans l’échange, sauront vous reprendre un pressage qui vous aura déçu, est primordial, parce que, avec la meilleure volonté du monde, ils ne sauront pas répondre à toutes vos questions. Ne serait-ce que parce que certaines sont difficiles à vérifier.

Par exemple sur les notions de premier ou second ou troisième pressage d’une même édition, française, anglaise, américaine etc…

Sujet sur lequel il y a beaucoup à dire. J’ai lu quelque part un résumé hâtif : les pressages américains étaient meilleurs que les européens… Eh ben.

 

Essayons de clarifier (moi ????????) ce délicat sujet :

- allez, en petit Hun (un ?), parce qu’il faut bien commencer : comme évoqué précédemment, il y avait aussi dans l’ère du microsillon exclusif, des pressages de qualités variables et (subjectivement ?) des différences de matière utilisée.

- les historiens considèrent que les premiers tirages – et, si possible, les tirages BAT (Test Pressing) ou mieux encore « radio » donc mono - représentent l’entéléchie… s’ils savaient ce que ça veut dire.

 

Pour autant, avant de devenir piquousés de premiers pressages anglais - si possible mono (hihi) -, réfléchissez bien. Cette monomanie de collectionneurs d’archives n’est peut-être pas essentielle pour vous et ce pour plusieurs raisons, deux points à la ligne :

- L’origine de la bande master est souvent aussi déterminante que l’origine du pressage.

- Même un pressage issue d’une deuxième génération, voire plus, est généralement plus convaincant musicalement que le pressage actuel. J’en ai diverses preuves dans ma discothèque.

- Vaut-il mieux le n° 6557 d’un premier tirage, ou le n° 155 d’un deuxième ? En effet, pour certains artistes on tirait beaucoup sur la matrice de première génération alors qu’on estime qu’au-delà de 2500 unités, elle était très altérée. D’ailleurs posons-nous la question : qu’est-ce qu’un deuxième tirage ? Matrice issue d’un deuxième Père. Ou du même en deuxième génération ? Un peu d’usure ? So what ? Freud ou Lacan, help me… Please.

- Enfin, entrer dans cette obsession des premiers tirages et, si possible, du pays d’origine, renvoie à des potentialités incommensurables de déception.

Avec la meilleure volonté du monde et à de rares exceptions près (en l’occurrence des disques qui ont été tirés à peu d’exemplaires), il est extrêmement difficile d’identifier précisément un tirage et son origine.

Sur le disque lui-même (je ne parle pas de l’étiquette) apparaît certes une numérotation


Vous voulez en savoir plus ? Voilà une liste d’indications - sachant qu’elle n’était pas toujours aussi complète selon qu’elle était faite au tampon ou à la main :

-    Une partie de la référence de publication indiquée sur la pochette.

-    La face du disque

-    Support d’origine : bande ou directement le master (gravure directe) et parfois la génération de bande ou une nouvelle gravure ou un changement de contenu (22, 23). C’est seulement en cas de changement de contenu qu’on parle de nouvelle édition.

-    Parfois une sorte d’indication de la génération de matrice (B, C, E), donc issue d’une mère et pas originale (père + matrice).

-    Parfois les initiales du graveur

-    Le format du disque (M3, M6, M9)

-    Le n° du moule qui est cumulatif (numérotation continue) à travers les années mais est parfois réutilisé pour des rééditions ultérieures et ne donnent donc pas une idée précise de l’année de pressage sauf à être un spécialiste particulièrement pointu.

 

Donc pas d’indication de la numérotation de quantité de tirage. D’ailleurs, comment faire ? Pas d’indication évidente non plus de l’origine du pressage.

Maintenant, est-ce que tous les éditeurs utilisaient la même nomenclature ? Non.

Parfois apparaît ce qui pourrait être une date, mais est-ce une date de matrice ou d’édition ?

Autrement dit, le seul moyen de s’y retrouver s’appuie plus sur des recoupements, croisements et l’érudition, notamment des pochettes. On ne pourra pas reprocher à un magasin spécialisé dans les disques d’occasion de ne pas connaître toutes les particularités de toutes les musiques.

Et, je le répète : quand on est attiré par la musique, certaines manies de collectionneurs sont accessoires.

On m’a proposé un jour deux exemplaires de « Physical Graffiti » (Led Zeppelin), l’un avec l’insert en lettres rouges contenant le titre de l’album, l’autre sans, avec pour conséquence 20 € d’écart.

Même édition (tirage anglais), j’ai pu le vérifier à l’écoute. Ce qui prouve que le vendeur me fait confiance, j’aurais aussi bien pu croiser pochettes et disques.

J’adore Led Zep mais je ne leur voue pas un culte. Pas mon genre de vouer un culte.

Songez qu’un disque qui atteint des records de prix est « Wish You Were Here » de Pink Floyd à condition que le film plastique noir d’origine n’ait jamais été défloré ! Autrement dit : vous allez payer très cher une édition que vous ne pourrez pas écouter si vous ne voulez pas qu’elle décote.

Si vous voulez dégrossir l’approche des différentes éditions à défaut de pouvoir être sûr des pressages, la base de données communautaire Discogs est un excellent outil. On détectera ça et là quelques erreurs, mais puisque c’est communautaire, à vous de le signaler et donc, dans l’ensemble, c’est un outil fiable à condition de bien apprendre à se balader à l’intérieur, et, là aussi, opérer par croisements.

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* à relier avec la bonne nouvelle que je peux écrire des articles longs alors qu’on m’oppose, même en interne, que les gens désormais ne lisent plus que quelques lignes sur leur smartphone.

Et alors ? Il y a tous les autres. Ceux qui savent que la vie ne se condense pas en cinquante mots sur un écran minuscule. J’imagine ce qu’il reste de « Lawrence d’Arabie » sur un écran de 6 pouces.

** à la bonne vitesse et dans le bon ordre ? Hé hé…

Banc ecoute