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par LeBeauSon - Août 2020


Chapitre 6 : LE VINYLE

C’est évidemment le thème qui pourrait être le plus pointu. Je l’ai déjà traité dans un article précédent et vais donc en reprendre les grandes lignes, considérant que, sans le bonus de salaire, je ne vois pas de raison de me contredire. Donc il va y avoir des redites :

On entend souvent qu’il vaut mieux acheter une platine d’antan qu’une moderne parce qu’on maitrisait mieux le sujet à la « Grande Epoque » du « copolymère de chlorure et d’acétate de vinyle »…

D’abord de quelle époque parle-t-on ? Ne confondons pas la production des disques et celle des platines. Dites-vous bien que, si incontestablement en France, nombreux sont ceux qui ont abandonné leur collection de microsillons lors de l’essor du CD, des mélomanes d’autres contrées, non moins nombreux, sont restés attachés à leur trésor.

Par conséquent, la production de platines tourne-disques n’a jamais cessé pendant cette traversée du désert pour certains, phase de pérennité rebelle pour d’autres, et il y a de nos jours une maitrise mécanique qui peut dépasser la tête haute les références des trente glorieuses.

 

Roughs VintageA 2 recadrée

Certains bras récents ont des performances rarement (jamais ? Jamais !) atteintes autrefois.

Comme d’habitude au moment de s’engager dans une voie, il faut savoir positionner les divers curseurs.

- Au bel âge des platines vinyles, une large majorité d’objets d’une grande banalité coudoyaient certaines stars franchement inécoutables sauf à chercher des colorations jolies qu’on a certes le droit d’apprécier. Et que certains fabricants d’aujourd’hui perpétuent. Bien sûr, brillaient aussi quelques sublimes réussites qui n’ont pas pris une ride mais, comme pour toute la haute-fidélité, moins qu’on ne le croit.

J’ai l’impression de me répéter de chapitre en chapitre, mais que voulez-vous, c’est comme ça : considérer en bloc que la haute-fidélité c’était mieux avant, c’est regretter une Peugeot 404.

- Maintenant, si le plaisir d’une pseudo-nostalgie (je parle des jeunes gens dont la nostalgie est celle d’une époque qu’ils n’ont pas connue) intègre l’idée d’écouter de vieux disques sur une vieille platine achetée à un brocanteur ou un vide-grenier, soit, rien à redire. Si, quand même : dommage…

Songez toutefois, dans ce cas, qu’il y a un peu partout des petits spécialistes qui chinent à votre place et savent remettre les vestiges en état de marche. Ça vous coutera une poignée de sous en plus, mais vous aurez un engin qui fonctionne.

- Néanmoins sortez-vous de l’esprit qu’une Thorens TD166 était une bonne platine. Je prends un exemple parmi des centaines. La renommée de Dual était celle de censuré par la Direction aujourd’hui. Pas la preuve d’une qualité.

- Quant à ceux qui s’achètent une Clément, EMT ou autre objet de ce gabarit, ou une Garrard, ce n’est évidemment pas la même quête. Celle d’un son typé, daté, avant tout très expressif, ou imprégné d’une saveur très particulière, ou madeleine de Proust peut se comprendre mais attention à la cooptation de la cellule.

- De même on peut être attaché à l’esthétique d’une platine et tant pis pour la musique ; il y a eu tant d’imagination dans ce domaine que vouloir absolument une Oracle, ou une Transcriptor, une Goldmund ou une JF Le Tallec, une Gale GT 2101 ou une Thorens Reference n’a pas besoin d’autre justification.

Il faut parallèlement avoir en tête qu’on trouve aujourd’hui des platines neuves dans les 400 € qui font un travail honorable et si vous poussez le curseur jusqu’à 1200 €, croyez-moi : vous atteindrez un niveau de qualité bien supérieur à bon nombre de platines anciennes coûteuses. Toutes proportions gardées, faut-il le ressasser ? Au-delà de ce budget, il n’y a guère de platines anciennes qui ne soient ratatinées, sauf évidemment à se tromper dans le choix d’une platine neuve. Il y a des ratages nombreux dans la production actuelle, ce qui est d’autant plus étonnant qu’on a du mal à comprendre comment on peut encore se planter sur une platine microsillon. Ratage, ça veut dire que des platines coûteuses sont parfois moins convaincantes que des objets modestes, mais personne n’ose l’avouer. D’autant que parfois encore, l’incongruité sévit au sein d’une même marque. Surtout, ne suivez pas mon regard.

Observations désordonnées qui ramènent à une question générique : toutes les platines vinyles sont-elles musicalement bonnes ? Non.

Il faudrait certes d’abord définir ce qu’on entend par là, mais si on décide de retomber dans le vocabulaire précieux du petit audiophile parfait : justesse, équilibre, transparence, neutralité (rappelez-vous que dans l’esprit de Tonton Sérieux, votre serviteur, c’est un gros mot !), et même si on pousse vers un vocabulaire qui est plus le mien, l’expressivité, le swing, la vie, le naturel, la réponse reste clairement : non !

Il faut d’emblée intégrer que, pour en juger, les critères sont légion et pas toujours faciles à réunir : platine, bras, cellule, préampli-phono. Ah oui, la qualité du support aussi…

Toutes considérations, évidemment, dans une attente qui vise à tirer quintessence du microsillon, pas celle où la satisfaction de retrouver un son d’autrefois sur un Teppaz frôle l’extase.

 

La conclusion que j’avais écrite pour les platines vinyles est finalement la même dans une analyse complète de la notion de Vintage contre Modernité :

Dans le domaine de la haute-fidélité, comme dans les autres, ne vous laissez par séduire par les vérités toutes faites ou les sirènes de la publicité, des forums, des mensonges du temps.

Pensez avant tout à votre propre rapport à la musique et, au sens plus large, à votre exigence ou perspective.

Personne ne peut dicter votre choix sur un critère essentiel : la mesure de votre bonheur.

Si un objet vous fait rêver par son look ou un lointain souvenir ému, ça peut être une motivation suffisante. A condition de le faire en conscience.

Par conséquent si vous aimez la musique, pensez long terme : acheter sur un coup de tête, se fier aux « on dit », à une logique dévoyée, à la nostalgie qui, c’est bien connu, n’est plus ce qu’elle était, ou à une fausse impression est une perte d’argent.

 

Tonton Sérieux.

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