à l’oreille





TAD ME1 Pers

 

TAD ME1

par LeBeauSon - octobre 2019


Les charmes d’une noble Geiko

TAD Laboratories (Technical Audio Devices) fait partie de ces marques quasi-légendaires de la haute-fidélité, avec pour particularité d’avoir acquis sa réputation d’excellence dans le monde professionnel (votre serviteur a vécu de mémorables séances de travail, enregistrements et mixages, sur des TAD il y a trois décennies de cela) venue bousculer celui qui régnait en maître dans les studios à l’époque : JBL.

 

TAD était au départ (1975) le département professionnel de Pioneer.
Il est intéressant de constater que les modèles « grand public » n’utilisent pas du tout la même approche que les propositions du département « pro ». TAD « pro » fournit des transducteurs à rendement élevé, notamment des chambres de compression qui équipent, outre des studios ou marques de monitoring, quelques réalisations « hifi » très prestigieuses, Cessaro ou Living Voice par exemple.

Deux gammes (Evolution et Reference) sont proposées aux particuliers, chacune au moins composée d’une enceinte sur pied et d’une colonne.

Ce sont deux modèles de la gamme Evolution Series que nous avons écoutés lors de cette belle journée d’été, autrement dit la gamme d’introduction à la marque : la plus petite, à savoir Micro Evolution One, et la colonne Evolution One TX.

C’est la petite chose que je vais vous raconter aujourd’hui.

Petite parenthèse : on a beau vouloir s’adresser à Vous, Profane de la haute-fidélité, Amoureux de musique, ou d’art, ou de culture, je tombe souvent dans le piège des explications techniques un tant soit peu obscures, intéressant essentiellement les initiés, et je m’en excuse. Vous pouvez donc aller directement au paragraphe : Richesse des timbres et équilibre tonal. 
On ne vous en voudra pas, promis.

TAD ME1 room Resize

 

La TAD Micro Evolution (ME1 dans le texte à suivre) est un parallélépipède aux arêtes fortement arrondies, très étroit mais aussi profond que haut (411 x 251 x 402)). Les flancs sont comme ajoutés et servent de diffuseurs aux évents selon une technique appelée ADS. 

20 kgs sur la balance font comprendre que la construction est sérieuse. La ME1 est proposée avec un pied quasi indispensable, d’un dessin épuré et élégant. Ça ne veut rien dire ? Forme d’étrave inversée, légèrement courbe, c’est mieux ? 

Deux couleurs disponibles, pour enceintes et pieds : laque Piano noire ou Titanium / Silver (très raffinée).

ME1 TitaniumSilver

 

La qualité de finition est de très très haut niveau, on est de plain-pied dans le très haut-de-gamme. 

Contrairement aux apparences, la ME1 est une trois voies. Le haut-parleur de grave est un 16 cm à cône Multi Couche Aramide (…… oui, bon…) et la partie médium aigue est confié à un transducteur coaxial (deux « vrais » haut-parleurs en un) appelé CST, composé d’un cône de 9 cm magnésium et d’un demi dôme en Béryllium. Si ce n’est pas de la technologie, ça…

85 dB de rendement (2.83 V/1 m/4 ohms). On le voit, pas de quoi pavoiser, mais un bon ampli un peu disponible suffira ; à preuve, une partie de nos tests a été effectuée avec un intégré de 37 W en Classe A. Que ceux qui ne savent pas ce que ça veut dire attendent nos futures explications. Ou nous contactent. C’est mieux.

12 990 € la paire + 2 000 € les pieds, oui, c’est du haut de gamme.


TAD E1TX CST resize
TAD E1 41543728242678

                                      

L’écoute ne s’est pas faite dans une de nos pièces, mais dans un cadre que je connais par ailleurs.
Enfin que je connaissais car entretemps, ce local « technique » a fait l’objet d’un traitement discret mais efficace qui a pas mal changé mes repères et il m’a fallu un peu de temps pour me calibrer.

Je précise donc immédiatement que si j’insiste sur la notion de « corps » dans le texte qui suit, la pièce et les électroniques en favorisaient le faste, et donc une autre pièce en aurait contenu ce qui parfois peut sembler de l’excès dans mes explications.


Côté électroniques, en revanche, j’étais en terrain connu :

Deux formules principales :

- Grandinote Volta (8 500 €), lecteur réseau/DAC fermé (pas d’accès au DAC) d’un rapport qualité/prix difficile à battre

- Grandinote Shinai (12 000€), intégré transistor en Classe A développant 37 W pensé comme un ampli à tubes avec transfos de sortie, dont l’expressivité, l’aplomb et la richesse harmonique en font un cas d’espèce dans sa catégorie et au-delà.


Et :

Lecteur réseau au remarquable rapport qualité prix :

  • Stack Audio (1 500 € avec alim séparée)

  • remplacé à un moment par un Rockna Wavedream Net (9 300 €)

  • DAC Rockna Wavedream DAC Signature, très supérieur musicalement au modèle de base (11 400 €)

  • Préampli Angström (un délire en deux blocs embarquant 22 tubes !) : 30 000 €

  • Blocs mono Alef, des objets à placer dans le top 10 absolu

  • Câbles Van den Hull, Alef ou Angström

On pourra reprocher que les essais ont été effectués sur des combinaisons pour le moins coûteuses, mais des enceintes de ce niveau le méritent, et surtout notre boulot est quand même d’en révéler le potentiel. Après, vous faites ce que vous voulez.

Dans un contexte moins habituel, j’ai préféré me concentrer essentiellement sur des extraits musicaux que j’écoute souvent.


                                       
                                                
RICHESSE DES TIMBRES ET ÉQUILIBRE TONAL

Un point fort de ces petits joujoux, sans aucun doute : la palette de couleurs est très variée et conduit rapidement au constat que les timbres sont justes. Plaisir peu fréquent que celui que l’objet (« les » en l’occurrence, n’oublions pas qu’on écoute une chaîne complète) a raison, sans autre forme de question.

Pourtant, la transparence n’est pas l’explication de la rigueur des coloris, mais plutôt qu’ils sont épanouis de prestance dans le sens noble du terme. Une complétude physique qui soutient l’identité des couleurs des instruments par la conjonction morphologique. A ne pas confondre avec le sens des matières toutefois qui, sans être absent, n’est pas formellement défini non plus.

Le résultat global est très impressionnant. Bien sûr, je suis conscient que la mise en œuvre y est pour beaucoup : les électroniques (particulièrement le couple Angström + Alef) et la pièce soutiennent le corps et contribuent au grand spectacle.

Sauf que les ME1 le transmettent bien, naturellement. Cette présence morphologique tient sans aucun doute à leur ADN.

Le piano de Trifonov (Liszt, Etudes d’Exécution Transcendantes) est convaincant par sa gamme de teintes complexes et sa corpulence outrepassant largement la petite taille des enceintes. Le confort est remarquable ; alors que les attaques de notes sont un peu « cambrées », pas exactement incisives, on est saisi par la puissance de l’instrument. La main gauche manque sans doute de précision au profit de cette prise de possession de l’espace, mais concrètement on a l’impression d’écouter une « grande enceinte ». Par la taille et la classe.

Même constat sur la générosité harmonique révélée par la très atypique lecture de la « Symphonie Fantastique » de Berlioz par Gardiner, captée dans la salle de la création de l’œuvre et sur instruments d’époque ou assimilés : dans « Songe d’une nuit de sabbat », la matité étouffante de l’acoustique de salle exposant une rare crudité des timbres et ne pardonnant aucun écart aux musiciens, de fait très exposés, est scrupuleusement respectée par la toute petite ME1 qui grave distinctement les instruments au sein de chaque pupitre. Je suis rassuré d’enfin entendre une enceinte dont l’aigu ne se dévide pas inutilement vers une brillance artificielle incohérente mais conserve une densité qui contribue à la sensation d’une « anatomie » immuable des timbres. Les cuivres et bois sont un vrai régal.

On comprend cependant que si les couleurs sont superbes et le corps souverain, l’équilibre tonal a été délibérément réglé dans le sens d‘une emphase visant à procurer la sensation d’une enceinte beaucoup plus volumineuse, et ce peut-être au prix de la rectitude dans le bas du spectre, possiblement un peu répétitif, une forme d’approximation qui fait que la contrebasse de Drew Gress accompagnant Bill Carrothers dans « hello ma baby » n’est pas franchement distincte de celle d’Oscar Pettiford (ou est-ce Milt Hinton ?) qui escorte Helen Merril dans sa superbe interprétation de Don’t Explain, produit par Quincy Jones en 1954.

Les cymbales de Bill Stewart (Carrothers toujours) sont solides et réalistes, rien à dire, la densité « sonne » juste, évite ce filé ridicule fréquent en hifi qui rend les cymbales minuscules. Les attaques de piano sont un tantinet polies mais le jeu touffu du prodige repéré par Prince est pour le moins probant. 

Helen Merril trouble par une « hyper-présence » qui sied parfaitement à la prise de son datée mais superbe, d’autant que les sifflantes - sur la voix éraillée de la jeune Helen, plus sensuelle que vulnérable ici, et la trompette rutilante de Clifford Brown - sont estompées, probablement par la densité bienveillante de l’aigu.

Le violon d’Anne-Sophie Mutter interprétant la sublime « Folia » de Penderecki est alerte et autoritaire à la fois, la sureté de jeu de l’incommensurable artiste est d’autant plus affirmée que manquent certaines infimes vibrations de cordes ou sensations du bois, au profit d’une dimension un rien surévaluée de l’instrument le plaçant entre violon et alto. La qualité des harmoniques et des croisements colorimétriques qu’A-S M est capable de faire surgir à la pointe de l’archet est intensément jouissive.

Un passage par quelques extraits de l’Histoire du Soldat de Stravinsky dans la minutieuse version de Paavo Järvi confirme que nous sommes plus près des musiciens que d’habitude, ou plutôt que ceux-ci nous sont proposés plus volumineux que par la haute-fidélité consensuelle, plus consistants, sans connotation de lourdeur cependant, le terme est donc difficile à trouver… Cette constance physique spectaculaire, très nourrissante, est rapidement addictive. Par ailleurs, les teintes très délicates que déploie la Deustche Kammerphilharmonie Bremen sont pleinement mises en scène par les roboratives ME1, avec toujours une perte de sureté dans le bas du spectre sans pour autant dénaturer le rythme ou la prestance… C’est bluffant pour tout dire. Bien sûr, les grattements lilliputiens sur les cordes, coquetteries ludiques de clarinette ou allitérations ciselées de textures (Petit air au bord du ruisseau et Pastorale) n’ont pas toute l’élocution souhaitée, mais somme toute si rarement entendue. En tout cas, on ne s’ennuie pas !

La présence très incarnée de St Vincent chantant Savior dans le duo voix/piano de MassEducation est réellement envoutante. La richesse délicate et coquine de la voix est possiblement plus chaude que ce que nous en connaissons, matérialisant une communion directe avec l’artiste dans sa complainte, dont l’amertume suppliante est en revanche discrètement éludée…


TIMBRES :

DIAMs 4 ORS 2 Rouges


Petit rappel : dans notre nomenclature, la TAD ME1 est notée en orange par son prix. Rouge est le code de la gamme inférieure et le mélange des deux un moyen de rappeler que nous sommes à la frontière…


EQUILIBRE TONAL :

DIAMs 4 OR

 
SCÈNE SONORE

Sur tout type de musique, le surdimensionnement de la « présence » ne nuit pas à la situation des instruments, voix, effets dans un espace recréé, rendant plus indistincte l’atmosphère de la salle au profit d’une invitation des interprètes chez soi.

C’est vrai dans la Fantastique par Gardiner où on a connu des enceintes (oui, enfin : trois ? quatre ?) qui savent mieux traduire la profondeur de la salle très particulière de l’ancien Conservatoire de Paris. Mais les dimensionnements « relatifs » des pupitres ou instruments entre eux conçoivent une nouvelle cohérence. Aucune distorsion sur les forte écoutés pourtant à un niveau probablement difficile en milieu domestique (il faut dire que les Alef semblent sans limite). Les percussions basses manquent de définition mais retentissent de façon très impressionnante sans jamais la moindre pesanteur. Il y a dans cette écoute un côté somptueuse limousine anglaise embaumant le cuir Connolly… On surpasse vraiment la dimension des enceintes.

Le positionnement sur une scène des musiciens de l’Armida Quartett jouant un 8ème Quatuor (Op 110) de Chostakovitch lumineux, enjoué (presque, n’exagérons rien, c’est quand même Chosta), est là aussi re-proportionné, et on perçoit qui fait quoi avec une acuité louable alors que le boisé des instruments est timidement érodé par l’opulence, ouvrant une ampleur plus confortable que précise.

Akua Naru (Poetry : how does it feel now ?) pose son rap groovy dans une atmosphère d’une grande intimité, à la limite de l’impudeur, curieusement neutralisée par un retrait feutrée de ses errances voluptueuses frémissantes. Plus lascive qu’intime. La basse bourdonne quelque peu alors que le saxo, qui lui aussi a mis les deux pieds chez vous, est débarrassé des duretés qui agacent parfois l’oreille. C’est très beau, avec un déroulé qui prend son temps. …

La  présence « organique » que je décris ne correspond en rien à une projection, une mise en avant ou une absence de profondeur. Bien au contraire, la ME-1 pose un spectacle en 3 dimensions, peut-être un plus « vrai » que nature à partir d’un petit volume.

Ce caractère outré est un facteur important des charmes de ME1 : elle instaure une nouvelle proposition de scène, un réarrangement qui invite les musiciens dans votre salon plutôt que de vous inviter chez eux. C’est un choix fort dont le résultat profite à l’agrément d’un grand spectacle tenu dans une parfaite cohésion. Rien à dire !


POUR LE CONFORT ET LA DIMENSION SPECTACULAIRE :
DIAMs 5 OR

POUR LA SENSATION DE SALLE
DIAMs 3 OR 1 Rouge 2 Nul


 
RÉALISME DES DÉTAILS

Si on discerne énormément d’informations abondant au profit de la lecture mélodique et des inflexions nuancées, la ME1 n’est pas pour autant une enceinte cristalline.

La présence due à la belle plénitude générale des instruments oppose la translucidité à la transparence. Amateurs de pseudo-analytique clinique, passez votre chemin. L’option diaphane revendiquée par la ME1 est très très attrayante, pétrissant une proximité qui dépose la musique à vos pieds avec une aisance redoutablement séductrice.

La capacité de résolution est cependant élevée et ne perd sa remarquable cohérence que dans le bas-grave, constat récurrent sur les enceintes biblio, où la conception choisit :

- soit de leur octroyer un thorax wagnérien 

- soit au contraire d’en accepter la minceur. 

TAD a clairement privilégié la première option, mais avec une maestria contournant toute caricature. Bravo.

Le prolongement et la déclinaison des notes jalonnent un facteur élevé de plaisir, procurant une facilité à écouter et ce probablement pendant des heures, à défaut d’affiner ou d’allécher l’esprit sensible.

Sur le piano de Bleschaz, les attaques pourraient être plus mordantes, ce que j’ai pu vérifier avec les Scarlatti de Pogorelich établissant le sentiment paradoxal d’être très près du piano par la capacité des ME-1 à implanter un instrument grandiose mais plus éloigné par la tendre voussure des attaques. Le phrasé est magnifique dans les deux cas, même avec Pogorelich qui réussit la performance parfaitement compréhensible sur les ME-1 de « claveciniser » son Steinway sans rien perdre du lien permanent des maintiens de notes…

Même constat sur la guitare acoustique dans « I love you » par Billie Eilish, ou sur les cuivres de Berlioz, que les attaques ne sont pas les plus piquées qu’on connaisse mais à chaque fois les mélodies s’écoulent avec moelleux (pas mollesse !) et la matérialisation corporelle compense grandement ce léger manque, que beaucoup ne remarqueront même pas puisqu’il est une constante en nettement plus dérangeant de la haute-fidélité majoritaire.

L’Histoire du Soldat ne manque pas de pétulance, et dans la triomphale « Marche Royale », la séparation des instruments luxuriants est remarquable de lisibilité et d’enthousiasme. Toujours avec cet épanouissement qui nourrit l’atmosphère, comble généreusement l’espace dans la pièce d’écoute.

La ME1 se glisse avec malice dans le jeu vif initié entre naïveté et gravité par l’approche très appliquée et réfléchie de Järvi fils, décryptant de nombreuses nuances de l’orchestration vivifiante par les couleurs et une distillation ravissante des détails.

DIAMs 4 OR



QUALITÉ DU SWING, DE LA VITALITÉ, DE LA DYNAMIQUE

Que ce soit sur La Symphonie Fantastique de Berlioz ou le Chostakovitch par Armida, on goûte une gestion très fluide des dynamiques, une continuité bottelant les variations de tout genre, le lyrisme est remarquable et contribue à une ensorcelante perception d’un swing délicieusement dandinant…

De la Symphonie Fantastique, la verve des petites ME-1 sait dépeindre l’exaltation nuancée d’une amère résolution de l’approche de Gardiner. Très très bien.

Confirmation avec le Bill Carrothers où clairement, nonobstant une contrebasse un peu monochrome, on suit les mouvements, le déhanché, les frappes du batteur avec un plaisir dansant de premier ordre. Si les appuis percussifs du piano de Carrothers roulent plus qu’ils ne percutent, on n’en vit pas moins sa dextérité créative avec un sourire enchanté.

Le swing dans la voix d’Helen Merril ou de St Vincent est moins sensible que sur nos meilleurs repères, la scansion peut-être un rien lustrée mais l’oblation charnelle (oups… Blasphème ?) compense par une douce chaleur contagieuse.

Un petit passage par Fred Astaire chantant Irving Berlin confirme la négligeable contradiction que le swing imparable des musiciens est moins sautillant sur les évolutions joyeuses du chanteur.

Et toujours cette sensation de corps qui contribue à une présence presque indécente. Est-ce cette proximité qui pénalise le swing des voix ?

Avec la ME1, on retrouve ce bonheur pas si fréquent de constater que la Deustche Kammerphilharmonie Bremen pourrait jouer du Big Band Jazz tant les clins d’œil fringants de Järvi dans l’Histoire du Soldat incitent à esquisser quelques pas de danse, osciller, tanguer. C’est un grand moment de pure joie.

L’énergie délivrée sur le solide extrait « Out of the black » par les deux furieux de Royal Blood est proprement stupéfiante, surtout rapportée à la petite taille de l’enceinte. Mieux que souvent on comprend que Mick Kerr joue de la basse, et pas de la guitare, ce que son jeu, puissant certes, mais bourré de couleurs et de virtuosité, escamote souvent. Vraiment, ces enceintes minuscules ont du coffre !

DIAMs 4OR1Rouge1Nul


 EXPRESSIVITÉ & PLAISIR SUBJECTIF

Une fois n’est pas coutume : je rassemble deux rubriques en une car si je devais isoler ce que j’attends de l’expressivité, je risquerais d’exposer des regrets ne reflétant pas ce que je pense profondément des bouillantes petites ME1.

A savoir que ce sont des objets destinés au plaisir de la musique sans se poser de question, jouir d’un « grand » son à partir de bibelots modernes et cossus. Là est d’ailleurs l’option choisie à la conception : une restitution musicale luxueuse, à l’instar d’une berline douillette néanmoins nerveuse. En considérant donc que, nativement, l’expressivité n’est pas le domaine d’élection de ces beaux joujoux.

Dès lors le rapport à la musique, fait de plénitude, de souplesse, de richesse harmonique, de panache et d’énergie, dans un legato élégant et racé, revêt une dimension épicurienne d’une rare intensité et totalement assumée.

Or j’attire l’attention sur le fait que, si elles ne sont pas les seules à choisir cette approche, les ME1 le font avec goût, maitrise, aristocratie là où beaucoup de concurrentes plus coûteuses se réfugient derrière la même voie pour justifier une banalité ou vulgarité racoleuse. La diplomatie m’interdit de les citer mais ce n’est pas l’envie qui m’en manque.

Bien sûr, il faut leur trouver le bon compagnon, car elles ont quand même un peu d’appétit et, pour peu qu’on pointe un appareil lui-même particulièrement expressif, Grandinote Shinai, Essenza ou Supremo par exemple (en cette journée de test où je mets de côté la formidable combinaison Angström / Alef pour ne pas donner l’impression que les ME1 ne fonctionnent qu’au sein d’ensembles intouchables), on révélera une nature nerveuse et impliquée à défaut d’une sensibilité naturelle spontanée.


EXPRESSIVITÉ
DIAMs 3OR 2Rouges

PLAISIR SUBJECTIF
DIAMs 5 OR 1 Rouge


 
PERCEPTION D’ENSEMBLE

La petite ME1 surprend par une abondance qui dépasse largement sa taille et soit parce que vous ne voulez pas d’objets encombrants même dans une grande pièce, soit vous préférez équilibrer votre budget en choisissant des petites TAD pour les alimenter avec des électroniques d’exception, vous bénéficierez de la plénitude d’une grande enceinte.

Parfaitement fabriqué et fini, c’est un objet moderne et fastueux conçu par une marque emblématique, argument qui en rassurera certains.

Résumons :

  • timbres : un point fort de ces petits bijoux, sans aucun doute : la palette de couleurs est très variée

  • scène sonore : la ME1 construit une nouvelle proposition de scène, une transposition qui cherche à inviter les musiciens dans votre salon plutôt que de vous inviter chez eux

  • détails : si on discerne énormément d’informations abondant au profit de la lecture mélodique et des inflexions nuancées, la ME1 n’est pas pour autant une enceinte cristalline

  • swing : le lyrisme est remarquable et contribue à une ensorcelante perception d’un swing délicieusement déhanché… Et toujours cette sensation de corps qui contribue à une présence presque indécente. Est-ce cette proximité qui pénalise parfois le swing des voix ?

  • expressivité et plaisir subjectif : une restitution musicale luxueuse, à l’instar d’une limousine douillette néanmoins nerveuse. En considérant donc que, nativement, l’expressivité n’est pas le domaine d’élection de ce beau joujou

ME1 mérite des électroniques supérieures pour les amener à leur potentiel, voire en tirer des subtilités frissonnantes au-delà de leur nature. Nous l’avons testé, c’est possible à condition de bien mener les investigations. Votre magasin est là pour vous guider…




RAPPORT QUALITÉ/PRIX

La qualité de fabrication accompagnant un envoûtement énergique et séduisant sur tout type de musique, un contact charnel avec les musiciens, justifient directement un prix qui paraît élevé si on inclut les dimensions de ME1 dans les critères ; la beauté d’un bijou n’est pas proportionnelle à sa taille, or ME1 développe une ampleur, une volubilité supérieures à de bien plus encombrantes compétitrices.                          

DIAMs 6 OR


DROIT DE RÉPONSE

par Armando Fontana (importateur français de TAD) - www.tecsart.com

Je trouve ce banc d'essai pertinent et juste, surtout en le replaçant dans le cadre des critères de jugement tels que définis par LeBeauSon.

Je voudrais simplement ajouter une information qui vient de mon expérience : je tiens à souligner la transparence de ces enceintes capables de bien marquer les différences de l’amplification et des sources mais aussi à préciser leur sensibilité au positionnement dans la pièce.

J’avoue que dans notre auditorium - où a eu lieu le test d’écoute -, elles ne sont pas exploitées dans tout leur potentiel. Pour des raisons liées à la configuration des lieux, elles sont placées au centre de la pièce qui mesure 5 m de large et 10 de profondeur.

J’ai eu la possibilité d’écouter les mêmes enceintes sur de nombreux autres systèmes, dans des pièces plus petites et surtout positionnées plus proches de la paroi arrière. 

Les équilibres changent mais préservent la justesse des timbres, la nature transparente et précise de la reproduction sonore comme l’image holographique restent intactes. La densité sonore, surtout dans la partie chaude du spectre, gagne encore, le grave est invariablement propre et tendu, et la scène conserve la profondeur et la largeur bien au-delà des murs.
A bien y réfléchir, ce n’est pas étonnant et reflète bien ce qu’on peut en attendre, vu que, comme quasiment toutes les enceintes du marché, elles sont conçues pour travailler avec un mur arrière pas trop éloigné.

 


 

Petit rappel nécessaire :

Nos bancs d’essai sont engagés et assumés : nous affirmons qu’un certain nombre decritères « sonores » doivent impérativement êtrerespectés pour exalter la musique,cause fondatrice de notre serment. C’est notre point de vue, notre attente, notremotivation. Une fois ce préalable énoncé, il n’y a pas de place pour la « subjectivité »dansnos BE mais une évaluation précise autour de ces critères définis parailleurs.

La perfection n’existant pas, notre devoir est de décrire le plus précisément possible lespaysages qui vous seront proposés par l’appareil que vous choisirez comme véhiculeémotionnel pour un long voyage. De fait, nos bancs d’essais n’hésitent pas à pointerdes petites et moins petites imperfections, limites ou réserves qui, au milieu de qualitésque nous mettrons prioritairement en avant, émaillent le comportement de chaqueappareil.

Cela paraîtra sévère parfois mais jamais malévole car c’est le refus d’une consensuellehypocrisie qui nous anime, pas la volonté de nuire. Ayez conscience que seul un défautrédhibitoire sera cruel et définitif, pas d’infimes errances de comportement au sein d’unocéan de bienfaits. Attention donc à bien mesurer que le pointage d’un accroc mineurpeut malencontreusement prendre plus de relief qu’un flot de compliments.

En outre, un peu contraints par les limites du vocabulaire, nous vous rappelons d’avoiren tête qu’on ne devrait pas tester une Renault Clio comme une Audi RS6. On ne peutet ne doit en espérer les mêmes performances mais on a le droit de savoir, dans lecadre d’un choix dicté par un budget, ce qu’on peut en attendre.
Par chance, en haute-fidélité, on trouve parfois des appareils très raisonnables qui sontde belles berlines ou sportives.

Outre que, bien sûr, nous ne sommes pas infaillibles, nous comprenons que d’autresfavorisent des aspects différents de la reproduction musicale ; nous nous efforceronsdonc d’exposer en toute impartialité la vocation ou orientation esthétique (sonore) desappareils testés.

Et afin de respecter les avis divergents (parfois même entre nous, pourquoi pas) 
nousouvrons d’une part la possibilité à nos collaborateurs d’intervenir en coursd’article mais surtout au fabricant ou distributeur du matériel testé
 - ou unreprésentant désigné par ceux-ci - de compléter notre test par un commentaire, un droitde réponse.

Enfin, autant nous avons des notions précises de technique, autant nousconsidérons que nous ne devons pas nous laisser influencer par des a priori,estimant en outre que ce genre de considérations n’intéresse pas la plupart desamateurs de musique non audiophiles. Par conséquent nous survolerons volontairement ces aspects.



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