à l’oreille





par LeBeauSon - Novembre 2020


PERCEPTION D’ENSEMBLE

L’Andante II sait développer les saveurs et les matières. Depuis l’extrême impulsion jusqu’à l’extinction patiente de la note, l’instrument vit. Gourmand et gourmet, ce convertisseur exprime une multitude de variations, sait donner de la voix ou murmurer et réussit même à le faire dans le même instant si la musique l’exige.

Attention, pour savourer pleinement les talents du surdoué, faites l’effort de lui trouver un couple ampli / enceintes capable de la caresse d’une plume autant que de l’impact de l’uppercut. Cherchez bien, car il n’est pas forcément nécessaire de revendre votre belle-mère et ses bijoux.

Comme pour toute évolution d’un EERA, chaque euro investi s’apprécie avec délice.

DIAMs 6 ORANGEs

6/6 Quel pied ! Mais quel pied !!

NB : code couleur de nos Diamants pour ce modèle : Orange (3200 à 6500 €) et Rose (6500 à 12000 €) si nous estimons que sur un des critères, l’objet aurait sa place dans une tranche supérieure de prix

EERA : voilà une marque (française, fabriquant en France) qui ne dément jamais les aptitudes musicales que vantent ses clients et apôtres.

Derrière la marque, un concepteur : Didier de Luca. Souvent décrié sur les forums (à tort même si le bonhomme est parfois abrupt), mal aimé des magazines sur lesquels il se refuse à troquer espaces publicitaires contre récompenses, de fait parfois sciemment oublié des bancs d’essai…

Alors que Dieu sait combien ses bécanes fonctionnent, chantent et vivent.

Eera Andante II 4

Depuis plusieurs semaines, je sentais Didier de Luca très impatient de nous prêter son nouveau bébé, la dernière évolution de l’Andante II. Finalement, le convertisseur nous arrive accompagné d’un complice : le transport CD Legato ; dont nous réalisons le test en parallèle ; à suivre donc.

Fidèle aux valeurs du patron, un EERA est toujours un excellent appareil. Je veux dire par opposition à bon nombre de marques parmi les plus célèbres où une boîte chassant l’autre peut occasionner mauvaises surprises ou déconvenues. Chaque nouveauté EERA – ou, comme ici : évolution - justifie l’investissement.

Cette nouvelle version de l’Andante témoigne de la permanente quête de progression qui obsède leur créateur en chef, au point de dérouter les magasins qui ne savent parfois plus trop comment expliquer le permanent remue-méninges qui agite le bonhomme. Par exemple, le trublion Andante II venant taquiner le modèle supérieur – le Majestuoso de première génération  -, EERA a profité de l’acquis pour gratifier d’un bon qualitatif identique l’ensemble de la gamme afin de maintenir l’équilibre de chaque palier d’investissement.

 

Pour son réalisme musical, Andante II devrait entrer dans le club élitiste des nominés des magazines spécialisés. Mais voilà : il ne coûte « que » 5 000 €. Or, dans de nombreux esprits (les gens qui savent), un appareil se juge au poids, au look et au prix. Remarquez, par les temps qui courent où un paquet de papier toilette semble être un nouvel étalon, parler de conception hédoniste vouée aux délices de la musique frise sans doute l’indécence.

 

Un Andante II n’étant pas denrée périssable, rien ne nous détournera de notre volonté d’extraire des diamants des obscurs marécages.

J’admets cependant que dire : un Andante II coûte seulement 5 000 €, ça peut en choquer plus d’un. Hélas, oui, mais on ne peut pas non plus vouloir absolument comparer une 208 et une AMG, ce qui ne retire rien à la première. Aussi, proposer une Ferrari au prix d’une S4, ça relativise les choses, n’est-ce pas ?

Hop … je reviens à mon sujet :

Vous m’avez compris : cet appareil fait partie des tous meilleurs, en restant presque accessible, au sens où la rivière de brillants de madame n’est pas forcément en ballotage.


Esthétiquement, cet appareil est un bloc monolithique d’aluminium brossé (en pratique 4 types d’aluminium pour neutraliser les résonances), d’un design assumé minimaliste. Sur la face avant les billes chromées rappellent celles des lecteurs CD qui ont établi la réputation de la marque. Un simple afficheur et le logo sérigraphié, c’est tout.

Les dimensions sont 44.5 de large x 31 de profondeur pour 8.5 cm de hauteur. Et le poids de 8 Kg.

A l’observation de la face arrière on dénombre 7 entrées et 2 types de sorties :

- une I2S (rare) via HDMI suivant bien sûr un protocole propriétaire

- une HDMI, une excellente entrée qui aurait pu (dû ?) devenir un standard

- une USB (qui est devenue un standard)

- une TOS link

- deux entrées SPDIF COAX

- une EAS/EBU

Soit 7 entrées différentes… pour 6 touches en façades. Mmmmhh ??? Oui, l’une des touches (la plus à droite), contrôle à la fois à l’HDMI et l’ AES/EBU ainsi que la possibilité d’éteindre l’afficheur.

Puisque j’en parle, l’afficheur indique l’entrée sélectionnée et « flux et fréquence d’échantillonnage » du fichier en cours, sachant que l’appareil peut couvrir presque tous les formats actuellement disponibles et à venir (32/192 et DSD 128).

Deux types de sortie disponibles : asymétrique en RCA et symétrique en XLR. On est dans le haut-de gamme.

Puisqu’on n’est pas férus de technique, à quelques bases fondamentales près, nous allons vous renvoyer à la récente interview du concepteur pour vous donner quelques informations.

Eera Andante II 6

Le système utilisé a été varié pour explorer divers aspects du fonctionnement :

- Audirvana 2 / Mac sur USB

- transport CD Legato via liaison I2S

- transport lecteur de réseau BlueSound Node 2i en RCA

- transport CD Atoll DR400 en AES/EBU

- intégré Atoll IN400 en symétrique

- intégré Serblin & Son en symétrique et asymétrique

- intégré Exposure 2510 en asymétrique

- intégré anonyme à tubes en asymétrique

- enceintes Mulidine Cadence « ++ »

- enceintes Von Schweikert Endeavour E-3

- enceintes ATC SCM19

- enceintes Fyne Audio F303

- Câbles Absolue Créations, Neodio, Wing et Legato.

 

 

RICHESSE DES TIMBRES ET ÉQUILIBRE TONAL

La palette du peintre en quelque sorte…

Celle de l’Andante II est incroyablement diversifiée, nuancée, ourlant toute musique d’incommensurables degrés de teintes, matités et brillances. Cette machine surprend dès les premières mesures (après avoir un peu chauffé quand même !). Matérialisation, variations subtiles des carnations, les instruments sont luxuriants, présents et animés.

Sur la dernière fantaisie de Stephen Malkmus, Traditional Techniques, sorte de country, indie, rock psychédélique aux parfums d’Asie, la richesse de retranscription de l’Andante II sait spécifier à merveille chaque lumineuse apparition des nombreux participants à ce beau délire. Les instruments installés avec aisance autour du chanteur, révèlent chacun une identité marquée et raffinée. La voix de l’américain rappelle parfois les foucades d’Higelin père, certes moins champagne que cactus ou tambourin. L’écoute chemine telle une balade suave en plein soleil, sous psychotropes.

Si je me risquais à une comparaison œnologique, je dirais que la plupart des DAC permettent de différencier à l’aveugle un vin blanc d’un rouge ou un Côte du Rhône un peu râblé d’un rafraîchissant Bourgueil bretonnant (euh, surnom du Cabernet Franc). Oui, la métaphore est osée.

Tant pis, je persiste… Rares sont les convertisseurs qui vont réellement plus loin, sans trahir, sans forcer les effluves, telle la manie il y a quelques années d’affiner tous les vins banals en fût de chêne. Alors que l’Andante II permet de goûter les saveurs d’un grand cru, riche de nuances et d’une vivacité exceptionnelle : aux premières notes fruitées succède l’explosion en bouche, déployant la lente persistance du plaisir… La note en suspension, musicale ou gustative.

Pour continuer la comparaison, Andante II déroule les nectars dès le premier délicat contact du crin sur les cordes : le violon nerveux de David Grimal nous présentant une version tout en légèreté du Concerto de Beethoven – lignes mélodiques modulées et tenues, trilles incisives enveloppées par l’orchestre (Les Dissonances) précieux comme un cocon - se développe ample et généreusement expressif.

Andante II fouille, déclare, expose quelque instrument ou son dans sa facture concrète, le bois et l’autorité de l’alto, le souffle puissant d’un orgue, ainsi que le gras du large micro des années 50 d’une guitare demi-caisse.

Un questionnement parfois peut effleurer l’analyste insolent qu’est le testeur : ne manque-t-on pas d’un soupçon de plénitude, de substance organique sur quelques rares passages ? Peut-être… Il faut bien que la gamme du fabricant soit justifiée par quelques infimes écarts, n’est-ce pas ? Pour autant, il y a doute, et pour tout dire discussion entre nous (membres de l’équipe) : est-ce l’Andante II qui a raison ?

Dans l’absolu, la réserve est indétectable car à ce niveau de retranscription, la flûte traversière d’Herbie Mann est radicalement autre que celle(s) d’un Jeremy Steig, tout en sentant l’implication volubile du souffle poussé au-delà de la note par l’un ou l’autre, et c’est cette authenticité humaine qui compte.

En outre, l’équilibre tonal n’est jamais pris en défaut. Il faut paradoxalement se concentrer dessus pour essayer (…) de détecter la possible faille de rapidité ou cohérence allégeant possiblement le corps. Mais je le répète, il y a débat, y compris entre nous.

On devine que certains d’entre Vous, cette fois, apprécieront sur d’autres produits une part du spectre pour son éloquence particulière, au risque d’omettre au passage les faiblesses d’une autre partie du message. Ici tout est juste, réaliste et sans faille, tant l’ensemble est minutieusement dosé.

Aucun manque de définition n’est compensé par une sur-présence de l’aigu ou du médium. Le registre grave s’affirme remarquablement impressionnant de nuances et de matières, bien présent mais défini. C’est un des points forts de cet engin comme on le remarque par le monstrueux travail dans le bas (et en dessous) du spectre dans le dernier édifice d’Arca, Kick i – oscillant entre « Dance » un peu variétoche et radicalisme, et de fait inégal – qui peut d’ailleurs saturer facilement les enceintes, surtout sous l’énergie délivrée par Andante II, heureusement débarrassée de tout gras !

Names of North End Women de Lee Ranaldo et Raül Fernandez Miró ouvre sur une succession de percussions très sensibles, bols de bronze ou artifices difficiles à définir mais qui assène d’emblée la volonté des deux musiciens surdoués de nous éloigner des standards de la percu.

Ici, il semble que même la poussière sur les instruments est perceptible tant les éclairages du Dac EERA révèlent l’indicible, à la manière d’un grand chef magnifiant la beauté de ses ingrédients pour dissiper un festival de saveurs excitant l’émotion.

Ce joujou EERA murmure autant le grain d’une voix que la salive sous la langue, le sens des mouvements des archets et les rebonds survoltés, les respirations d’un bandonéon ainsi que les doigts du joueur de tango voltigeant sur la nacre des touches.

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SCÈNE SONORE

La scène est parfaitement campée sur, voire dans le sol. Elle renvoie aux capacités des autres jouets de votre système à agencer la vraisemblance de l’holographie musicale, car ce n’est pas l’Andante II qui faussera la donne, bien au contraire.

En largeur, comme en hauteur et profondeur, le spectacle est structuré, réaliste et respirant, intercalant un espace tangible entre les musiciens pour une belle compréhension de leurs interactions. Les instruments sont naturellement proportionnés, ce qui, lié à la justesse des timbres évoquée plus haut, renforce une rare sensation de naturel.


Le crescendo des premières minutes de l’Allegretto de la 7éme de Beethoven par « les Dissonances » (et leur directeur artistique David Grimal), installant un à un les divers pupitres, conquiert patiemment l’espace par une limpidité qui autoriserait quasiment (si ça avait un quelconque intérêt) à compter les musiciens dans cette version certes allégée et cependant automnale, impression soulignée par la superbe matité de la captation.

Sur le titre « Invisible Hands » de Joseph Arthur, tiré d’un des meilleurs albums de l’artiste (Come to Where I’m From), mis en lumière par la production bienveillante du Label de Peter Gabriel, les instruments sculptent un décor fantasque et sombre à la fois, crédible mais sans contrainte dans les trois dimensions. Les nappes s’étirent dans la pièce, l’accordéon respire, parfaitement posé dans la scène globale. La voix triturée de Joseph susurre au centre du tableau.

Les instruments sur « Soothing » de Laura Marling sont nettement inscrits sur une scène bien délimitée en profondeur. La basse rebondit, aguicheuse, à la droite de la scène, plus encore que dans mes souvenirs. Ne parlons pas immédiatement de la poésie d’une voix au potentiel inouï, dont le chant calme évoque Joni Mitchell, c’est réservé à une rubrique plus loin.

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… remarquable

RÉALISME DES DÉTAILS

Andante II sait démêler les complications en évitant méticuleusement de résumer, trahir ou simplifier le message. Il décrypte et ordonne magistralement les enregistrements les plus fouillis sans pour autant mettre en avant les lignes incluses, les arrière-plans, les effets divers.

                                                                                       

La lecture de « Fanm » sur What Heat de Bokanté (tiens, encore du Real World) délimite inlassablement les territoires de chacun dans la profusion chargée, au point qu’on pourrait compter les mains applaudissant en rythme, en transe joyeuse, magnifiant l’abondance quasi hollywoodienne d’un mixage particulièrement réussi : c’est un régal.

Côté mixage digne d’une dentellière, « Xanny » de Billie Eilish développe une multitude de matières et de détails qui passent généralement à la trappe d’un amalgame pas désagréable, là où Andante II scrute, fouille scrupuleusement l’inouï édifice de doute et d’humanité du morceau. Le bas du spectre, compliqué de saturations savamment dosées est le plus souvent quelconque, un peu épais ou écourté sur de nombreux systèmes très coûteux. On échappe au calvaire grâce au « petit » EERA : ces distorsions dans l’infra sont non seulement physiquement granuleuses à souhait, mais incluses dans un grave puissant, également dotées d’une définition remarquable rendant l’écoute viscéralement intense. L’arrière-plan de ce qui semble évoquer un banquet dont notre héroïne serait exclue par ses névroses accentue la distance entre le monde extérieur lointain et son monde intérieur.

Et quand tout n’est pas idéal ?

Prenez le Pantomima de Greg Dulli par exemple.

L’épaisseur de la production ne parvient pas à couvrir les manques criants du chanteur… Sans mauvais jeu de mots…

En fait, si un peu quand même.

Andante II parvient à illuminer (au sens de respecter) chaque détail de la voix de Greg Dulli réussissant le quasi-miracle de faire de ce titre très moyen un joli moment.

En revanche, vous tiendrez difficilement l’affront de la seconde plage « Sempre », témoignant les vaines tentatives époumonées du chanteur. A la troisième plage, on zappe !


Quand c’est mauvais, c’est mauvais. J’ai parlé de quasi-miracle, car l’Andante II n’enjolive pas. Il ne pardonne ni ne gomme, révèle autant le beau que les défauts, osant une totale sincérité.

Les crescendos du « Nothing is Safe » du groupe Clipping - There Existed an Addiction to Blood - grisent comme les premières gorgées d’une vodka. Là encore on est surpris par la richesse et l’intelligence de la production. Lorsque le Hip Hop flirte avec le Trip Hop, intègre ce que techno et musique concrète ont ouvert de brèches sensorielles, le spectacle est captivant, hypnotique. Pour l’anecdote, je me suis surpris à savourer d’un plaisir presque coupable l’enregistrement de l’incinération d’un piano sur la dernière plage (« Piano Burning », le titre est éloquent) où on perçoit sans difficulté l’énergie qui se dégage de la triste combustion du monstre.

C’est typiquement le genre de plage dont la longueur est un peu gratuite et que je n’écoute que quelques secondes, avant de rechercher un peu de musique à nouveau. Là non, on est captivé par les craquements, crépitements, claquements des cordes !

Attention, tout ceci n’a d’intérêt que par la contribution à une meilleure appréciation de l’œuvre et donc de son intensité symbolique.

Sur « Cvalda » de Björk, bande son du film  Dancer In The Dark de Lars von Trier, on est sans aucun doute au cœur de l’usine avant que ne s’élance Björk, puis Catherine Deneuve dans une conversation Mary Poppinesque.

Immanquablement sur la plage suivante Andante II nous incite à la gourmandise, Peter Stormare écoule une voix à la fois douce et riche d’une épaisseur contrastant harmonieusement avec l’organe puissant de Björk. Sur l’ensemble du disque les ajouts de samples se parent d’une immense vie et d’une très grande luxuriance des textures.

Sur une plage que je croyais facile de Laura Marling, les enceintes alors branchées ont été prises à défaut par un trop plein d’informations. Un « tchak » de Traquet motteux traduit qu’elles peinaient à suivre le foisonnement du signal.

Une si exquise véracité nous implique profondément dans notre intimité au musicien. Il est ainsi possible de percevoir les différentes phases du geste ou du souffle de Jeremy Steig (j’y reviendrai) : les différenciations d’un souffle plein et fourni ou d’une fin de respiration en suspension sont idéalement distinctes sans jamais bien sûr que le détail ne s’extirpe du fond, ne prenne le pas. Aucun artifice là-dedans, mais la qualité suprême que l’on peut espérer quand la rapidité et la justesse des enveloppes sont abouties : le moelleux !

Idem pour le jeu de Laurent Korcia interprétant Malageña de Mr Paganini. Début et fin des poussés et tirés, comme les nuances de la pression de l’archet sur les cordes sont si évidemment audibles que la présence en devient visuelle. Quel spectacle, quel spectacle…

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L’Andante fait scintiller une palette d’informations tout à fait inouïe épanouissant l’architecture globale des œuvres.

Eera Andante II 3

QUALITÉ DU SWING, DE LA VITALITÉ, DE LA DYNAMIQUE

Andante II prohibe l’ennui, la répétitivité, la lassitude, nous prenant par la main afin de nous guider sur les toutes les pistes de danse de la planète. Car croyez-moi, vous danserez irrépressiblement, au moins avec le coeur. Impossible de rester insensible à son groove impeccable. Comme moi, vous oscillerez ostentatoirement sur l’Introduction et Rondo Capriccioso Op28 de St. Saëns par Kyung Wha Chung (et Charles Dutoit), dans un élan spontané, d’autant plus surprenant que la grande violoniste comme le chef ne sont pas forcément des modèles d’humour.

Je suppose qu’un grand nombre des fans de la surprenante Billie (Eilish, faut suivre un peu) ignorent que, bien avant elle il y a eu une autre Billie, inoubliable, totalement inimitable dont la vie douloureuse n’est certes pas à souhaiter à la jeune rebelle.

Au milieu de tant de moments poignants, j’ai choisi « What a little moonlight can do » (oui, Billie Holiday). Oh l’enregistrement « mono » est vraiment daté (54), mais quelle énergie, quelle volubilité, quel enthousiasme ! Une vraie leçon d’engagement que Andante II transmet avec une joie de vivre identique.

« Two Weeks » de FKA Twigs (LP1) donne le tournis par l’étrange « tournerie », le balancement ivre des boucles et la voix décalée en tempo dans des arrangements solides et entêtants.

Ondulations lentes, transe paresseuse, Andante II nous embarque pour un voyage dans les rêves de la talentueuse britanno-jamaïco-espagnole. Quel bel héritage ! On devine à s’imprégner de cet univers si personnel dans un genre galvaudé, que la danse n’est pas le moindre de ses dons.

Nardis de Miles, interprété par Jeremy Steig sur l’album Legwork accompagné par Don Alias à la batterie et le grand Eddie Gómez à la contrebasse incarne les trois talents, chacun bien à sa place, tanguant, s’envolant, dans votre salon. Le lyrisme de la contrebasse exprime clairement un swing boisé de toute son imposante sérénité. Les fûts de Don Alias résonnent distinctement à différentes hauteurs d’accord et de jeu avec des balais particulièrement inspirés, tout en appuis frôlés et glissés vertigineux. Jeremy Steig faisant feu de tout bois, alternant avec une stupéfiante aisance possiblement toutes les techniques de la flûte se révèle dans ses moindres détails, de l’humidité de la bouche jusqu’au léger sifflement suraigu, filet d’air s’échappant de son instrument au son si personnel. Ce sens du swing, de la vitalité, est une des qualités essentielles à notre cœur dont le prodige Andante II se fait porte-parole exemplaire.

Mais sur un exercice nettement moins « barré », il sait mettre en scène à merveille la combinaison piano - voix du titre d’Adele, « Take It All » (pas ma came habituellement) pour souligner l’humanité frémissante, la solennité magnifique de cette chanteuse quand elle approche la lumière du gospel ; bref criant moins que d’habitude.

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Sans aucune réserve, c’est même un modèle du genre.

EXPRESSIVITÉ

La musique délivrée de toutes scories ou fadaises, est exprimée dans toute sa sincérité.

Et en pleine définition, limpide, elle parle directement aux entrailles, au cœur, au plus profond de soi, de ces machines qui nous ont un jour poussés à mener un combat pour dire que la haute-fidélité n’est pas que haute foutaise. Jouissant d’un pouvoir de définition remarquable, Andante II révèle des pépites cachées dans la roche sous le flot de la rivière.

Les premières mesures de « Crossing the Rubicon », d’Anoushka Shankar sur Land of Gold, dissipent une atmosphère de nuit, la brise par les résonances d’un carillon à vent, le chant de cigales en arrière-plan. L’invitation au voyage n’en est que plus perceptible.

La dramaturgie du récit devient flagrante également, lorsque l’on comprend la volonté du compositeur - Manu Delago - de traduire un envers de décor sous la magnificence musicale, la ferveur esthétique, pour décrire un monde rude, suggéré, où la vie, dans les méandres de la souffrance, une misère au quotidien, le dos de la carte postale cachant l’image frontale est synonyme de peur, de foi vaine, d’injustice sous la contrition imposée par un Dieu dont les arcanes sont décidément incompréhensibles.

Les enchainements de volutes de la deuxième symphonie de Sibelius interprétée par L’Orchestre de Gothenburg et dirigé vaillamment par Santtu-Matias Rouvali nous transposent dans des univers d’expressions d’une rare inventivité. On glisse de l’ombre modelée à la lumière triviale, d’atmosphères oppressantes à la légèreté avec une pleine conscience des formications (sans faute d’orthographe) transitoires.

Le « howl », attentiste ou désabusé nu folk de Laura Marling, sur le remix Director Cut’s de son Short Movie flotte en suspension, dans un de ces rares moments où elle sublime son talent sans l’enliser dans des productions chichiteuses et ampoulées. Grâce à Andante II, l’intimité est proche d’une sensualité dérangeante, réduisant le cercle social à une distance bien loin des gestes barrières nous invitant sans doute à une promiscuité qu’elle n’imaginait pas, brisant le cercle lassant d’une revendication artistique artificielle qui caractérise la plus grande partie de sa production. Quand la nudité de la sincérité triomphe, elle révèle le meilleur en nous, n’est-ce pas ? C’est ce que sait faire l’Andante : nous inviter dans le foyer de nos personnalités plus ou moins masquées par les nécessités de l’existence sociale, créant ainsi un compteur « Geiger-Müller » de l’humanité.

                                                                                         

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Là encore c’est un carton plein. Frissons et plaisirs entiers garantis

 

PLAISIR SUBJECTIF

Cet Andante II est un jouet à la fois gourmand et entraînant, parfaitement addictif.

Bluffé autant par « Digital Garden » de Prince que par l’Adagio de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak conduite par Fritz Reiner, cet engin est un véritable pousse-au-crime.
Tout lui sourit, ou plutôt tout vous donne envie de dire OUI, Oh OUI.

Sauf bien sûr si vous attendez de la reproduction musicale qu’elle flatte un penchant personnel, un petit vice, ou qu’elle vienne compenser un manque.

Passez votre chemin, ça n’est pas là que se situe la générosité de l’Andante II.

Pour nous, c’est :

DIAMs 1rouge5Orange
 sans hésiter !

Eera 5

Banc ecoute