à l’oreille





TSAKIRIDIS 1

Tsakiridis Aeolos Ultra

par LeBeauSon - décembre 2019


Ses qualités lyriques le font tutoyer des références bien plus ambitieuses.

La marque grecque Tsakiridis est de ces nouveaux arrivants dans l’Hexagone alors que la société affiche plus de 30 ans au compteur…

 

PERCEPTION D’ENSEMBLE
DIAMs 6 bleu

Fraichement débarquée en France, la marque grecque Tsakiridis a pourtant plus de 30 ans et est très courue en Allemagne notamment, pourtant abondamment pourvue en milieu / haut-de-gamme !

Rien d’étonnant : la fascinante magie des (bons) amplificateurs intégrés à tubes que dégage l’Aeolos Ultra, alliée à la probité sonore des KT150 convenablement employés, impressionnent d’emblée les cœurs mélomanes !

Dans une belle ouverture et un phrasé naturel, ce « grand » petit intégré nue une flopée de jolies couleurs, sans excès ni retenue, et aménage une scène solide, ponctuelle, cohérente.

Sa transparence soyeuse égrène une remarquable acuité et homogénéité, soulignant une dynamique contrôlée qui préfère les glissements évolutifs des grandes envolées aux décharges énergiques spectaculaires…

En conclusion, l’expressivité de l’Aeolos Ultra n’est pas un effet racoleur mais bel et bien l’achèvement d’une grande intimité avec le cœur de l’art …

Un tel bonheur à 2900 € ? Pensez-y !

 

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

Depuis quelques années, on a le plaisir de constater que le renouveau, la fraîcheur en haute-fidélité arrivent de pays dont on connait mal la production ou l’inventivité en la matière, là où les grands fondateurs - américains, européens, japonais et même coréens - accumulent des copies de copies fadasses ou en tout cas rarement excitantes par d’autres arguments qu’une allure de fantasme industriel. D’où vient cette fraicheur ? Vraisemblablement du fait que ces acteurs émergeants ne sont pas encore blasés ni encore avilis par le mensonge du « plus c’est cher, meilleur c’est ».

En effet, ces nouveaux venus affichent souvent un rapport qualité / prix favorable pour nous consommateurs, rendu possible je suppose par des causes pas forcément heureuses, une main-d’œuvre moins chère et des protections sociales moins favorables, sans doute. Mais bon, la Chine et consort…

Et donc Pologne, Serbie, Bosnie, République Tchèque ou autres pays de l’est mais aussi Grèce, Chypre etc… nous proposent quelques objets insolites dont certains particulièrement attachants, certes au milieu de cochonneries comme tout le monde.

 

La marque grecque Tsakiridis est de ces nouveaux arrivants dans l’Hexagone alors que la société affiche plus de 30 ans au compteur…

Dans la gamme pointent quelques créations originales sur lesquelles nous nous pencherons avec plaisir, mais pour l’heure je vais vous parler d’un appareil pas spécialement novateur (un push-pull de KT150 en classe AB pour ceux que ça intéresse) : l’Aeolos Ultra. Et comme en la matière on ne réinvente pas un schéma tous les mois, on comprendra facilement que celui-ci est un classique du genre.

Grand mystère des amplificateurs, particulièrement à tubes, où à schéma souvent simple et composants comparables, on obtient des caractères très différents, ratissant du pire au génial. Question de talent ; de quête aussi sans doute.

 

Petite parenthèse : on a beau vouloir s’adresser à Vous, Profane de la haute-fidélité, Amoureux de musique, ou d’art, ou de culture, je tombe souvent dans le piège des explications techniques un tant soit peu obscures, intéressant essentiellement les initiés, et je m’en excuse. Vous pouvez donc aller directement au paragraphe : RICHESSE DES TIMBRES ET ÉQUILIBRE TONAL.

On ne vous en voudra pas, promis.

 

 

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Nous allons être clairs d’emblée afin d’éviter toute confusion : cet appareil fait partie des chouchous de la rédaction. Autrement dit, c’est un des amplificateurs que nous avons sélectionnés pour évaluer les sources ou enceintes ou câbles qui passent entre nos mains curieuses. Nos oreilles.

On pourrait par conséquent nous reprocher notre manque d’objectivité… Ben oui mais non, c’est précisément parce que nous estimons que tel appareil regroupe une bonne part des fondamentaux de la reproduction musicale dans une logique de prix favorable que nous le distinguons. Nous sommes, comme vous, des consommateurs avant tout.

Bien sûr, notre sélection n’est en aucun cas un verdict définitif sur la concurrence où existeront évidemment des challengers redoutables, voire supérieurs à prix comparable, pourquoi pas, question de chronologie de rencontre, c’est tout. Et puis nous ne sommes pas mariés à nos choix d’un instant.

 

De Tsakiridis, nous avons d’abord croisé le modèle Aeolos (à base d’EL34) que nous avons bien aimé mais qui aurait manqué d’universalité pour des tests d’enceintes un peu exigeantes (puissance et tenue).

L’AeolosUltra reprend le même schéma avec semble-t-il certains composants un peu plus poussés.

Et donc des KT150 Tungsol, tubes modernes, développés pour l’audio, qui permettent une puissance confortable dans un équilibre tonal droit et une possible nervosité que nous apprécions grandement. Ce qui ne vous empêchera pas de rencontrer des amplificateurs équipés en KT150 totalement amorphes, bien sûr…

L’appareil inspire confiance, la fabrication a un côté sérieux, militaire, châssis joliment fini d’une peinture émaillée légèrement granuleuse, façade aluminium épaisse (pas de choix de finition) ; personnellement j’aime beaucoup le format étroit se développant en profondeur. La protection des tubes en tôle ajourée peinte comme le châssis et façade en polycarbonate transparent est la bienvenue avec l’avantage de ne pas cacher les tubes.

 

Il faudra retirer la protection pour avoir accès à des petites clefs permettant de choisir un mode de fonctionnement pentode ou triode et un taux de contreréaction plus ou moins élevé.

Autant le passage du mode pentode au mode triode est clairement audible, au profit du mode triode si l’enceinte est d’accord (moins de tenue et moins de puissance disponible), autant l’intervention sur le taux de contreréaction est… subtil.

Enfin, dans le même environnement sur le dessus de l’appareil, deux vumètres sont présents pour vous assister dans le réglage du bias (point d’interrogation ? On vous expliquera) au moment du changement des tubes qui toutefois ne remplaceront pas un bon voltmètre.

 

La façade est jolie avec les deux interrupteurs affleurants (on/off et sélection des 4 lignes asymétriques), à éclairage discret en couronne extérieure, son gros bouton de volume et une ligne de LED à droite qui indique l’entrée sélectionnée. Petit confort malin : à chaque allumage, le volume redescend à zéro. Bien pensé.                                                                 

La télécommande en plastique n’est pas super noble, mais elle fait le boulot : sélection des entrées et volume.

Comme tous les amplis à tubes, l’Aeolos Ultra demandera une vingtaine de minutes pour s’ébrouer ouvertement, ce qui n’empêche pas d’en profiter dès l’allumage. Pour rappel : la plupart des amplis à transistors, demande plusieurs heures ou dizaines d’heures pour se stabiliser d’où la fréquente recommandation de les laisser sous tension.

Ah oui : le prix généralement constaté est 2 900 €.

Les essais ont été menés sur des enceintes Mulidine Cadence « ++ », des ADA de ppfff, des Living Voice IBX-R3. Et pour quelques morceaux les Nikita de Davis et Von Schweikert Endeavor E-3 ou Manger P2 de passage dans notre pièce d'écoute.

TSAKIRIDIS 3

 

un tel bonheur à 2900 €
rien à ajouter
il est incontestable

 

RICHESSE DES TIMBRES ET ÉQUILIBRE TONAL

Immédiatement, on est séduit par le bon côté des amplis à tubes. Je veux dire des amplis réussis, ni caricaturaux, ni mous, ni plus beaux que nature, notamment un aigu soyeux mais pas dénaturé d’harmoniques factices. Dès les premières mesures, l’Aeolos Ultra fait place à la musique en toute liberté.

Dans une belle transparence et un phrasé respirant et naturel, l’Aeolos Ultra nue une flopée de jolies couleurs, sans excès ni retenue, pouvant donner parfois l’impression d’une texture un peu gainée (rodage ?) ne bridant cependant jamais ni les timbres, précis et subtils, ni la texture des instruments.

Grâce et sensibilité accompagnent la bouleversante Marguerite de Renata Tebaldi dans le Mefistofele de Boïto dirigé par Tulio Serafin (en vinyle London Records). La complainte est magistrale et le flux frémissant de l’Orchestra dell'Accademia Nazionale di Santa Cecilia (je n’ai pas trouvé plus long) distille des substances de timbres si ce n’est majestueuses en tout cas d’une distinction de toute beauté, surtout eu égard à la catégorie de prix de l’Ultra.

 

Un passage par Siberian Khatru (Yes) (eh oui, on ne rechigne pas devant les virages brusques) révèle là aussi une fine analyse des teintes et des spécificités sonores du groupe : les distorsions de la guitare vigoureuse de Steve Howe sont creusées en fond, et l’Aeolos ne s’égare jamais dans la profusion confuse des passages acérés, chargés des synthés acides de l’époque et d’une guitare à peine émorfilée, malgré tout « boisée », si j’ose dire.

L’ensemble ne perd jamais une constance de corps équilibré, ample et déjouant tous les pièges même dans un titre pourtant coincé dans un étau de dynamique contraignant. Pas de fatigue à l’arrivée mais pas de simplification arrangeante non plus.

Les fringances de Sclavis / Romano / Texier cautionnent le titre évocateur de l’album African Flashback, portraits évoquant autant l’exotisme des contrées lointaines que la cruauté, beauté et injustice mêlées en poésie parfois dissonante, paysages en perpétuelle évolution, jeu de miroirs disparate entre réalité et imagination…

 

Sur la contrebasse de Texier comme sur les effets consistants de Earthling (David Bowie pour les ignorants, pffiou…) - notamment dans l’indescriptible « battle for Britain » où Zachary Alford (le gamin batteur) est étourdissant de virtuosité (surtout ne le déconcentrez pas, croyez-moi, il a du boulot…), particulièrement dans un passage hallucinatoire entre lui et Mike Garson -, on peut noter une légère « tendreté » dans le bas-grave, plus flagrante en mode triode.

 

Elle se traduit par une sympathique indulgence sur des Cadence mais s’identifie plus précisément  sur ADA par une « rigidité élastique » indiquant surement que l’ampli préfère ne pas descendre exagérément plutôt que de s’enliser. Basse ou pied de grosse caisse sont en revanche tendus et rapides (plus que sur de nombreux amplis à transistors, soit dit en passant), mais sur certaines notes, un (tout) petit rebond mollet marque la limite. Pour info, en plaçant l’appareil sur des supports de types Franc Audio, on s’affranchit de toute réserve en gagnant en outre sur tous les critères.

Sur des notes longues de pied d’orgue, le phénomène disparaît dans le flot. De même dans la superbe et hautement recommandée intégrale des œuvres pour piano de Lucien Guérinel par Jean-Louis Roblin (et Christophe Manien pour les œuvres à deux pianos) où le Steinway, magnifiquement capté (Label Megadisc) prend toute sa majesté et sa dimension généreuse, perles de teintes argentées sur tout le spectre, et profondeur quasi « organique » sur une main gauche déliée et somptueuse.

Sans prétendre à la nervosité la plus intense qui soit (obtenue sur quelques amplis, mais à quel prix ?), l’Aeolos est vif et pétillant sur les attaques qui affirment rigueur et consistance sur la totalité du spectre, dans un équilibre tonal sans reproche, et les notes se prolongent impeccablement pour procurer le flot continu magique qui caractérise les bons amplis à tubes.

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Vous allez me dire : c’est quoi cette note ? Ben c’est simple, cet intégré pourrait tout à fait trouver sa place dans une catégorie de prix bien supérieure : donc ma note intègre ce que serait son positionnement dans une catégorie bien supérieure (diamants orange).

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L’orchestre respire
à pleins poumons

 

SCÈNE SONORE

L’Aeolos Ultra aménage une scène solide, ponctuelle, où chacun est à sa place dans le petit théâtre de sa musique, refusant toute forme d’excès spectaculaire.

En effet, le cadre est toujours sous contrôle, plus vrai 4/3 que faux 16/9, incarnant dans un espace plausible une identité physique immuable. Ce qui n’empêche pas l’ampleur. A preuve la géniale Nuit de Sabbat sur le Mont Brocken du Mefistofele déjà cité, ou encore le sublime final quand le souffle divin imprègne jusqu’au désespoir de Méphisto qui voit sa proie lui échapper. L’orchestre respire à pleins poumons et modèle aussi bien les ombres dans les feux du diable que les nimbes enchantés des angelots qui ornent la voix de Dieu…

Les musiciens tiennent leur place, fervents et concentrés dans la proposition avant-gardiste (je veux dire avant les « baroqueux ») du 21ème Concerto de Mozart par Géza Anda (Deutsche Grammophon, disponible en HR sur Qobuz. Il faudrait que je fasse un effort pour indiquer les opus ou Köchel) ; l’air autour des instruments exhale une respiration chaleureuse ainsi qu’une impeccable compréhension du jeu de chacun, traduisant une inspiration de tout moment et une intimité totalement au service de l’approche du pianiste/chef. C’est très beau. Tout simplement. L’Ultra ne gomme pas la raideur de la captation mais la fait oublier par une verve musicale de premier ordre, là encore à rapporter au prix.

La plausibilité des rapports de dimensions entre la batterie alerte, puissante et au jeu épuré d’Aldo Romano, la contrebasse ardente et profonde de Texier et les limpides envolées de Sclavis crée un rapport d’intimité idéal, une présence physique matérialisée dans un cadre de camaraderie chaleureuse.

On retrouvera cette logique des dimensions et placements dans le Quatuor n°1 de Smetana par le Jerusalem Quartet, florilège de timbres d’un côté, mais comme dans « African Flashback » on  assiste à un concert où les instrumentistes, à défaut d’une place au cordeau, sont distincts dans leur environnement propre au sein d’une sensation de pièce dans la pièce très « réaliste » dans sa transposition.

Et la scénographie très artificielle de The Grand Vizier’s Garden Party (Pink Floyd, oui on a fait dans les classiques… Ceci dit, on a écouté tant de disques sur cet ampli qu’il a bien fallu choisir…) définit un théâtre très artistiquement agencé, jamais flou, jamais incertain, les évènements sonores placés ou déplacés par Nick Mason dépeignent un univers drôle ou inquiétant ne laissant pas le moindre doute sur la volonté créatrice…

DIAMs 6 bleu

 

RÉALISME DES DÉTAILS

La transparence soyeuse de l’Aeolos est d’une grande acuité et homogénéité qui mènent loin la perception des évènements sonores de toute musique, dans toutes les circonstances. Nous connaissons de nombreux modèles d’appareils à tubes coûtant jusqu’au quadruple qui ne manifestent pas telle finesse, surtout avec une pareille opiniâtreté sur les évolutions en tout genre des dynamiques, en lien avec une sémillante rapidité et tension quand c’est nécessaire.

La 9ème symphonie de Bruckner par Mehta avec le Wiener Philharmoniker profite de cette louable aptitude résolvante et, au-delà des timbres impeccables des musiciens de Vienne, c’est toute la subtilité des nuances de jeu qui en bénéficie grandement, procurant une lisibilité idéale, dans une fluidité permanente, d’une partition difficile qui peut vite, mal reproduite, être ennuyeuse.

Les deux « gamins » de Blood Red Shoes qui refusent de vieillir, se donnent à fond dans le très énervé « je me perds » (eh oui, le titre est en français), s’excitant avec toute l’énergie nécessaire, mais curieusement aussi des sortes de variations sur la guitare brûlante et des résonnances de fûts sur la batterie qui ne doit pas être loin de fondre non plus. Très vivifiant… Pour autant, l’Aeolos Ultra n’améliore ni ne flatte la médiocre production des deux grands (et jolie) nerveux….

C’est quand même important pour nous de vérifier que cet ampli à tubes n’est pas décisif que sur une clarinette ou une guitare acoustique !

Mais le battement d’ailes froufroutantes des « fées » du duo des fleurs du Lakmé (« viens, Malika… ») de Delibes par la trop chouchoutée des média Nathalie Dessay et la plus discrète mais très détendue Patricia Petibon dévoile la tranquille teneur du petit Grec, qui n’a pourtant aucun lien culturel avec un livret évoquant les Indes imaginaires.

Je suppose que Mesplé / Millet, Mado Robin / Agnès Disney (je précise les prénoms sinon ça fait Batman et Mickey) ou encore LA Sutherland (en yaourt) / Jane Berbié auraient au moins autant d’allure, mais bon, j’avais les deux frenchies sous la main et franchement le duo est sublime : pourquoi s’en priver avec l’Aeolos qui fait bien la distinction entre deux personnalités complices mais si différentes ?

Le piano d’Ivo Pogorelich dans sa récente proposition de Beethoven (Sonate n°22 op 54, chez Sony) est d’une précision qui décrit même les moments où le jeu du croate « tord » la mécanique dans son implacable volonté d’un discours parfait où chaque note est pensée, travaillée jusqu’à déformer les timbres s’il le faut. La puissance implacable des assauts des doigts musclés sculptent un instrument colossal et martèlent une sureté du geste inouïe ! Très riche et spectaculaire.

DIAMs 4 Orange2 Bleus

 

l’Ultra sait toucher

le cœur par ce petit plus

de magie

qui ramène la musique

à son humanité

 

QUALITÉ DU SWING, DE LA VITALITÉ, DE LA DYNAMIQUE

Melody Gardot (ben oui, nous aussi…) « It Gonna Come » : en dépit de la production un peu « épaisse » Aeolos tire le maximum du swing/groove de la dame, décrit bien que, si ses musiciens - rythmique en tête - jouent adroitement des légers décalages et appuis qui donnent ce mouvement chaloupant efficace qu’on appelle swing avec une posture plus léchée que spontanée, possiblement inévitable vue la sophistication de l’arrangement, cordes, saxophone alto, cors etc…, la patronne joue beaucoup d’un vibrato impeccable et d’effets élaborés de modulations pour groover là encore pas tout à fait naturellement… Mais à l’arrivée, son univers est honnêtement très intéressant et même troublant de sensualité très apprêtée.

Le deuxième mouvement de la 9ème de Bruckner échappe habilement, dans la version de Mehta, et sous le docte contrôle de l’Aeolos, à la scansion mécanique qui peut parfois lester le mouvement. Mehta choisit de le jouer dansant et c’est absolument jubilatoire (Bruckner ?!) grâce au vaillant petit ampli grec. Cet étourdissant mouvement souligne aussi la dynamique contrôlée, voire un rien contenue, jamais explosive de l’Aeolos, qui préfère franchement exprimer tous les glissements évolutifs des grandes envolées plutôt que des décharges énergiques par échelons spectaculaires, quitte à polir un peu les éclats. Cette (re)tenue prouve toute sa pertinence en passant sur des enceintes plus goinfres telles les Endeavor E-3 impeccablement équilibrées et maîtrisées par le petit héros grec. Et croyez-moi, ce n’était pas gagné.

Ce qui se traduit par une absence totale de distorsions, de contraction de scène ou de projection sur les forte les plus difficiles ou même en poussant le volume sur le gros son diaboliquement efficace de Elder (Doom Metal ?) par exemple. Derrière l’énaurme son (Legend), ça envoie et ça tourne avec un aplomb remarquable (sur les Nikita à ce moment-là).

Le swing décalé de l’étrange et poétique Rain Tree Crow, nonchalance sérieuse, précision du mouvement, vibrato subtil (pas toujours le cas chez Sylvian qui peut en abuser) et la frappe à tempo légèrement décalé sur la caisse « extrêmement » claire et tendue de Steve Jansen profèrent, sous l’égide du petit grec, un envoutement lent, à fleur de peau et de sensibilité. C’est remarquable.

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EXPRESSIVITÉ

 

Aurait-on intégré l’Aeolos Ultra dans notre zoo s’il n’avait pas fait ses preuves en la matière ? Non, évidemment.

A l’heure actuelle, dans des prix très accessibles, ce sont les « petits » Jolida, JD 202 / 303 ou 505, qui mettent la barre de l’expressivité à un cran (plus ?) dépassant leur coût et placent de fait le rapport expressivité/prix à un niveau élevé.

L’Ultra, un peu plus coûteux, les rejoint dans cette sélection très serrée ; et si sur ce critère précis il ne les distance pas grandement, il va plus loin côté disponibilité énergique, ampleur, sinuosités des timbres et « amortis » de note… Justifiant l’écart de prix.

D’autant plus si l’on songe à la pléthore d’appareils nettement plus onéreux qui n’arrivent pas à la cheville de la bombinette hellène.

C’est clairement cette expressivité, si difficile à raconter mais si nécessaire à la vérité, qui creuse la différence entre quelques amplificateurs à tubes et la plupart des amplificateurs à transistors. Or, sur l’Aeolos, l’expressivité n’est pas un effet racoleur, une jolie coloration, un phrasé surnaturel, mais bel et bien l’achèvement d’une plus grande intimité avec le cœur de l’art, le « grain tactile » irradiant l’éclat de la vie…

Vibrant, subtil, vivant, jouant de l’ombre et la lumière, de la sensualité comme de l’agacement avec brio, l’Ultra sait toucher le cœur par ce petit plus de magie qui ramène la musique à son humanité. De ce point de vue, il entre dans la cour des grands :
DIAMs 4 Orange2 Bleus

 

PLAISIR SUBJECTIF

On est dans ces cas de figure où, de notre point de vue, la question n’a pas de sens.

Cet appareil fait un peu cavalier seul par son côté facile à vivre, sa large gamme d’utilisation et sa vocation musicale qui le fait tutoyer des références plus ambitieuses.

Le plaisir est objectif, d’autant que l’équilibre tonal et la transparence sont au rendez-vous.

Admettons que certains soient un peu frustrés par l’extrême grave légèrement tronqué. Bon. Mais quelles enceintes le diront ? Tant pis pour eux.

Mélomanes : 

DIAMs 4 Orange2 Bleus

Autres : 

DIAMs 6 bleu

 

RAPPORT QUALITÉ/PRIX

 

Rien à dire… Il est incontestable.
 DIAMs 6 bleu

 

PERCEPTION D’ENSEMBLE

Bien que fraichement débarquée en France, Tsakiridis est une marque (grecque. Si si !) qui a maintenant 30 ans, très courue en Allemagne notamment. Ce qui n’est pas une mince réussite : l’Allemagne est abondamment pourvue en milieu / haut-de-gamme !

Il ne faudra pas longtemps en compagnie du modèle Aeolos Ultra pour comprendre : la fascinante magie des (bons) amplificateurs intégrés à tubes que dégage ce « joujou », alliée à la probité sonore des KT150 convenablement employés, impressionnent d’emblée les cœurs mélomanes !

Après avoir ajouté qu’il a une bonne bouille - dans le style néo-vintage certes –, que peut-on dire de plus ?

Le résumé de nos critères ? D’accord :

TIMBRES, ÉQUILIBRE TONAL : dans une belle ouverture et un phrasé respirant et naturel, l’Aeolos Ultra nue une flopée de jolies couleurs, sans excès ni retenue.

SCÈNE SONORE : l’Aeolos Ultra aménage une scène solide, ponctuelle, où chacun est à sa place dans le petit théâtre de sa musique, refusant toute forme d’excès spectaculaire.

RÉALISME DES DÉTAILS : la transparence soyeuse de l’Aeolos est d’une grande acuité et homogénéité qui mènent loin la perception des évènements sonores de toute musique, dans toutes les circonstances.

QUALITÉ DU SWING, DE LA VITALITÉ ET DE LA DYNAMIQUE : … Cet étourdissant mouvement souligne aussi la dynamique contrôlée, voire un rien contenue, jamais explosive de l’Aeolos, qui préfère franchement exprimer tous les glissements évolutifs des grandes envolées plutôt que des décharges énergiques par échelons spectaculaires…

EXPRESSIVITÉ : sur l’Aeolos, l’expressivité n’est pas un effet racoleur, une jolie coloration, un phrasé surnaturel, mais bel et bien l’achèvement d’une plus grande intimité avec le cœur de l’art, le « grain tactile » irradiant l’éclat de la vie…

RAPPORT QUALITÉ/PRIX : un tel bonheur à 2900 €, rien à ajouter : il est incontestable

A une époque où on intègre de plus en plus de possibilités techniques, que l’Aeolos n’embarque ni DAC ni carte phono pourra en rebuter certains. Soit : c’est le prix de l’excellence, le refus du compromis.

Sinon, vous l’aurez compris, comme tous les engins ardents, subtils et à même de décrire des paysages parmi les plus exotiques, il demande un environnement soigné qui ne viendra pas l’étouffer, l’embourber, le museler.

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TSAKIRIDIS 6

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