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Interview du concepteur d’Eera

Interview par Lebeauson - mars 2017


DAC Majestuoso & Drive Legato : pourquoi est-ce si beau ?

Si la retranscription de la prise de son est à la hauteur de l’œuvre écoutée, le spectacle émerveille, bouleverse. Ce que propose un Eera transporte au cœur de l’enregistrement ; il y a un avant et un après la perception de la beauté réincarnée par une source Eera. L’écoute d’un de ces appareils prend place dans notre conscience du beau comme véritable jalon.

Mordez dans une gariguette en pleine saison, savourez un rhum vieux, appréciez la cuisine sophistiquée d’un grand chef. Certaines saveurs, certains instants restent en mémoire à jamais. Et leurs souvenirs s’exaltent avec le temps, sublimés, réinventant l’étonnement et l’émotion qui jaillirent à l’instant de la dégustation. 

Un Eera c’est exactement ça. 

Majestuoso pers

D’abord il possède ce sens des saveurs délicieuses, fines, délicates, puis invite à l’émerveillement doublé par l’étonnement face à un spectacle limpide, simplement beau, totalement délivré de toute tendance vulgaire à l’exagération. 

Ensuite le souvenir s’imprègne de cette écoute fabuleuse, exalté par le désir insatiable de renouveler l’expérience. Vous êtes prévenu : ne vous y risquez que si vous en êtes apte. À défaut, vous pourriez souffrir de déception chronique. 

Un Eera est non seulement source de plaisir addictif, il marque aussi les esprits. 

Legato Pers

Il y a des tirelires que l’on casse pour moins que ça.
Alors embobinez une mamie Liliane, suppliez pour un crédit… Qu’importe la méthode : donnez-vous  les moyens, faites le pas vers cet autre monde, osez chez vous la Boite de Pandore, car chaque disque deviendra une curiosité, chaque œuvre sera transcendée, délivrée au plus près de sa conception originelle. Chaque instrument prendra corps, matière et timbres dans un développement naturel.

La scène sonore impressionne de relief et de naturel. L’image, plausible sans contrainte ni exagération, n’appelle aucune question. On est presque mieux qu’au concert puisque, confortablement installé dans son salon avec le plaisir de pouvoir revenir à satiété sur les instants de délice, avec un breuvage délicieux à portée de main que, comme moi sans doute, vous oublierez captivé par tant d’expressivité.

Tous les petits sons, même finement cachés, se retrouvent justement perceptibles, à leur place dans la pénombre ou la lumière, modelant l’espace.

En largeur, comme en profondeur, en hauteur aussi, tous les plans sont enrichis, confondant de réalisme.

Les musiciens sont incarnés, entiers, imposant la totalité de leur stature, de leur chair. Cette sensation d’une scène sonore parfaitement étagée sans esbroufe, me semble, quoi qu’on en pense, assez rare. Beaucoup de produits haut de gamme sur-jouent pour impressionner le chaland. Les musiciens font 3 m de haut, la scène sonore est projetée, ou les fréquences graves sont ventripotentes, faussant l’impression de relief à la manière d’un effet de surround trop facile, trop aguicheur. 

Rien de tout cela ici, une délicate réalité s’installe devant nos oreilles et il ne faut pas longtemps pour en apprécier la sagacité.

À l’écoute d’un concerto, le piano au premier plan de la scène n’occulte pas pour autant l’espace : l’orchestre qui l’entoure s’exprime distinctement.

Ailleurs, des castagnettes surgissent qui semblaient n’avoir jamais existé jusque-là, idéalement perceptibles, sans pour autant passer devant les autres pupitres bien évidemment. Les violons clairement positionnés virevoltent… Toute la scène se révèle, entière jusqu’au moindre éclat du triangle, la plus infime caresse d’un archet. Et c’est au swing de prendre contrôle de nos faits et gestes.

À l’écoute de la plage « Requiem », d’un des CD du trio Sud réuni autour de Sylvain Luc, la batterie d’André Ceccarelli impressionne pendant les 4 minutes, représentée très en relief, plénière et sans réserve. Les fûts résonnent distinctement chacun dans son volume. La grosse caisse est parfaitement lisible sans s’étaler. 

On ressent la tension précise des peaux. Les cymbales scintillent, denses et merveilleuses, s’étirent dans des fins de notes suspendues, interminables.

L’art des musiciens, plus vivants que jamais, s’exprime intégralement. Les virtuoses, grands ou méconnus, seront mis en lumière et les mauvais enfin à nu. C’est aussi cela l’expressivité, le respect du talent. La médiocrité s’exprime tout aussi clairement que l’adresse. Dès lors que l’on goûte à la vraie saveur de talents purs, il devient contre nature de s’en passer. Pourquoi se remettre au surgelé, pourquoi tenter de se satisfaire d’une piquette quand on peut goûter l’ivresse d’un nectar. Le silence est préférable à la tiédeur.

Réécouter Mingus est toujours un exercice intéressant.

Sur le titre célèbre : Boogie Stop Shuffle, on peut dénombrer les cuivres.

Leurs sonorités toujours indélicates sur un mauvais système, trop clinquantes, trop agressives, sont désagréables, puis fatigantes. Rien de ce genre ici : le titre est particulièrement festif, ludique même. 

La contrebasse du maître en arrière-plan si discrète en temps normal s’entend cette fois distinctement, sans s’imposer bien évidemment. 

Comment est-ce possible ? 
Comment cet artisan (au sens noble) peut gravir les plus hautes sphères de la retranscription musicale, jusqu’aux derniers carrés des meilleures productions mondiales ? 

Nous avons décidé d’interviewer Didier de Luca, maître-d ’œuvre de la marque afin de nous faire expliquer quelques secrets de fabrication.
Oh, point trop n’en faut, juste le strict nécessaire pour nous permettre de comprendre l’écart qui existe entre un Dac ou un lecteur CD, aussi bons soient-ils, et un Eera.

LBS : On parle de DAC, mais j’ai cru comprendre que vous utilisiez plusieurs convertisseurs dans votre Majestuoso. C’est vrai ? Pourquoi en asservir autant ?

Didier De Luca : Oui effectivement nous asservissons 16 DAC dans notre Majestuoso.
Le principe est assez simple en fin de compte, même s’il parait surdimensionné. Le composant convertisseur que nous avons sélectionné propose de gérer 8 convertisseurs de manière synchrone. Pensé initialement pour servir au cœur d’amplificateurs de Home-Cinéma et permettre la gestion de plusieurs groupes de haut-parleurs, nous avons choisi de l’optimiser autrement. 

Chaque composant regroupant 8 convertisseurs est piloté par un soft pour analyser le flux entrant en simultané et permettre des conversions parallèles pour une analyse plus fine, tout en gommant un maximum d’erreurs. Grâce à cette solution nous faisons reculer de plusieurs dB le bruit de fond pour récupérer énormément de ces micro-informations qui enrichissent la retranscription et nous permettent de nous rapprocher de l’émotion.
Enfin, nous parlions de 16 Dac, car cette logique est mise en œuvre pour le signal gauche et le droit, en double mono.

La norme pour ce type de composant est d'utiliser les fonctions automatisées prévues par le fabricant, incluant souvent d'autres composants. Nous avons préféré nous passer de ce mode d'exploitation polluant pour en inventer un plus performant. Ce double principe de multiplier en simultané les conversations pour rattraper les erreurs de lecture, associé à une gestion au cordeau du nombre de composants et de leurs pollutions naturelles pour faire reculer le bruit de fond sont un peu des marques de fabrique.

LBS : Lorsque nous avons évoqué notre entretien au téléphone, vous nous avez parlé d’un principe de masse flottante. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

DdL : Dans le domaine de la HiFi, on pense être épargné des perturbations électriques en associant de bons câbles, une barrette secteur ou des conditionneurs de courant.
Ces produits jouent un rôle indéniable. Mais à l'intérieur d'un appareil les éléments génèrent eux-mêmes leurs propres pollutions. Au contact d'autres composants certains changent de sens de phase par exemple, et ces phénomènes peuvent se répéter plusieurs fois sur le parcours du signal électrique au sein d'un même appareil. 

Comme nous l'évoquions précédemment, souvent les constructeurs proposent d'autres composants pour atténuer certains phénomènes comme le bruit thermique. Mais c'est souvent ajouter d'autres pollueurs.

Notre R&D n'a pas débuté avec la mode des Dac de salon. Nous assemblons et concevons des convertisseurs depuis plus de vingt ans. Nous avons appris à maîtriser des lignes de composants en limitant au maximum l'addition de pollution. Souvent cela se traduit par des choix d'éléments principaux de très grande qualité, comme par exemple nos puces de conversion, autour desquels nous étudions chaque addition de composant en évaluant patiemment ses effets, sa phase, ses comportements.

Dans notre Majestuoso par exemple nous avons répété une isolation galvanique pour chaque partie, afin de garantir la protection des composants des pollutions des éléments voisins.

DesignMutation

LBS : Quelle est votre idée fixe lorsque vous concevez un appareil comme ce Majestuoso ?

DdL : Le bruit de fond !

La gestion de la masse, et la qualité du signal électrique ajoutent énormément de pollution, de bruit de fond.

Cette perturbation n’est quasiment pas perceptible, si ce n’est qu’elle gomme du signal, une part importante des détails, de la finesse, et des micro-informations de l’enregistrement. 

Et comme nous l'expliquions les éléments eux-mêmes à l'intérieur d'un appareil ne sont pas neutres et interagissent, générant naturellement encore plus de bruit. Depuis plus de vingt ans à construire des lecteurs de CD et leur étage de convertisseurs asservi, ce combat pour faire reculer le bruit de fond est devenu une véritable obsession.

Nos récentes victoires nous permettent de faire reculer considérablement ces nuisances. Ce que nous récupérons du signal, entre 6 et 9 dB, est essentiel, parce que rempli de vie, de subtilités.

Design Eera Pers

LBS : Alliages aluminium, pourquoi plusieurs, quels bénéfices là encore ?

DdL : Tout vibre. Vos appareils vibrent, le sol vibre. 

Ces oscillations perturbent énormément les facultés des électroniques. Et même s'il pesait 100 kg, un appareil continuerait de vibrer.

Bien sûr en Hifi, il existe des supports pour minimiser ces effets, mais j'ai toujours trouvé qu'ils n'étaient pas neutres et changeaient le son. Alors nous avons conçu nos appareils pour gommer ces perturbations. Il y a dans chaque Eera 5 alliages différents pour supprimer ces oscillations mécaniques. Le socle est en acier. La façade et les flancs découpés dans un bloc d'aluminium de 3 cm d'épaisseur. Les flancs sont profilés pour accorder phoniquement l'appareil et éviter tout phénomène de résonnance. Et Le capot est fait d'un aluminium plus tendre, isolé des autres parois par des matériaux de jointures spécifiques issues de la recherche automobile.

Nous sommes fiers de constater que les meilleurs supports anti-vibratoires comme les fameux B1 de NEODIO, n'ont plus aucun effet sous nos appareils. 

Nos productions se suffisent à elles-mêmes, parce que parfaitement inertes. 

LBS : Quels sont vos projets ? Avec quoi allez-vous nous étonner dans les mois avenirs ?

DdL : Oh, nous finalisons un amplificateur intégré qui déjà nous épate dans notre auditorium en phase finale de tests avant sa mise en production prochaine.

Nous voulions un appareil évolutif et complet, intégrant tout ce qu'un mélomane peut souhaiter aujourd'hui. 

Pensé sur le schéma classique d'un intégré à transistors en Classe A, il développe 2x55 watts et intègre en son sein un convertisseur maison. Vous pourrez lui associer toutes vos sources numériques ou analogiques, platine vinyle, lecteur Blu-ray, lecteur CD, streamers, ordinateur, box. 

Son design s'affirme encore dans la lignée des récentes productions. Nous sommes réellement enchantés de pouvoir développer une pensée globale. La naissance de cet appareil est extrêmement stimulante. Nous avons hâte de le voir fini.

Et si vous êtes sage, nous vous prêterons notre prototype pour votre banc d'essai.

LBS : Avec joie !

Merci de nous avoir accordé cette interview.

Et merci pour l'enthousiasme et la gourmandise que procurent vos appareils.

 

 

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