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par LeBeauSon - janvier 2020 


Récemment Monsieur Lebeauson a demandé à votre serviteur, Tonton Lebeauson, d’écrire un article sur le vinyle, le « retour » du microsillon, la magie de la galette noire, tout ça.

Au bout de quelques lignes, je me suis rendu compte que j’entrais malgré moi dans un jargon technique qui rendait mon billet illisible.

Notamment à propos de la nécessité d’un préampli-phono, ou pré-phono, ou pré-RIAA.

Alors bon, me suis-je dit à moi-même (je me parle tout seul), ne donnes-tu pas dans le plus grand désordre ? Si, me suis-je répondu (je dialogue tout seul), mais ce n’est pas la première fois.

Alors j’ai décidé de bouder… Et puis d’écrire un nouvel article. Dans le désordre. Intitulé : Pré-phono Kèskecé ?

A une époque où la platine tourne-disque était la source principale, presque tous les amplis intégrés ou préamplificateurs séparés étaient munis d’une entrée phono (au moins MM. Ah zut encore un terme abscons) ; la prise de pouvoir du CD a évidemment cassé cette règle.

A peine ai-je commencé l’article que je dois faire une parenthèse. (. Voilà c’est fait.

….

 

Hum, parenthèse :

Attention aux faux amis : sur certains intégrés apparaît - sélecteur d’entrées et/ou à l’arrière de l’appareil - l’indication d’une entrée « phono ».

 

Ça peut signifier 3 choses :

- il y a réellement un circuit prévu pour utiliser une platine phono (vinyle). Chouette vous dites-vous alors.

Soit mais attention (c’est le deuxième) : c’est possiblement une entrée par défaut, un ampli-op à 10 centimes qui certes fera le travail, mais mal.

- cette indication suggère que vous pouvez installer une carte phono dans votre intégré, mais qu’elle est optionnelle.

- ou tout simplement suggère que c’est là que vous brancherez votre préampli phono extérieur.

Mais ça ne répond pas à la question : qu’est-ce qu’un préampli phono ou une entrée phono ?

 

Fin de la parenthèse.

 

Les entrées génériques sur vos appareils sont des entrées normalisées à 2V. Lecteur CD, Tuner (quand ça existait), lecteurs à bandes magnétiques, convertisseurs Numérique => Analogique (DAC).

2 V correspond à un niveau de crête toléré. En général sur les appareils modernes c’est nettement plus. La norme théorique définit une amplitude sinusoïdale et signifie en pratique que l’amplitude du signal de référence d’un lecteur CD ou convertisseurs numérique => analogique (DAC) est de 1,414 V, soit une tension efficace de 1 V pour un signal sinusoïdal pur, tandis qu’une cellule phono (ce qui lit le disque : la pointe, diamant ou autre, et le corps avec les aimants dont il existe deux sortes, nous y reviendrons) procure un signal entre 0,1 et 6 mV. Oui, quasiment 1000 fois moins (pas vraiment en vérité, mais bon...). Je ne complique pas avec les histoires d’impédance.

Soit, je simplifie beaucoup. Les spécialistes vont grogner mais eux n’ont pas besoin de moi. Et puis si vous n’êtes pas content, foncez vers le magasin haute-fidélité le plus proche, il comblera les vides.

Vous, ami néophyte, ce que vous devez simplement comprendre, c’est la chose suivante : si vous branchez directement votre platine vinyle sur une entrée standard d’amplificateur intégré, vous obtiendrez certes un son, mais très très faible vous obligeant à monter considérablement le volume en ouvrant le potentiomètre quasi au maxi avec d’une part les risques subséquents mais aussi les désagréments (bruit de fond). Autrement dit un signal non exploitable.

 

D’autant moins qu’il sera déformé puisque le signal délivré à la lecture d’un disque vinyle n’est pas linéaire…

Ah, pourquoi ? - Me direz-vous…

Parce que ! - Vous répondrai-je, très fier de moi.

 

Allez, en quelques mots :

Avant la gravure du Master Lacquer (ou DMM) qui va servir à reproduire le microsillon en série (via des étapes intermédiaires (stamper et matrice : le moule), le signal enregistré a été soumis lors de l’étape dite de Mastering, à une correction de courbe en amont qui vise à :

- baisser le niveau d’une certaine zone dans le bas du spectre. Pourquoi ? Que de Pourquoi… Parce que, sans cette correction, la dynamique dans le grave obligerait le burin à écarter considérablement les spires du sillon pour laisser la place à la forte amplitude requise par ce registre. Donc, on en diminue l’intensité afin d’avoir une face de disque de plus de quelques minutes.

- augmenter le niveau d’aigu pour éviter la perte de cette zone du spectre dans le bruit de fond de la « matière » gravée…

On appelle ça l’égalisation RIAA.

 

Pourquoi ? Encore un pourquoi… Combien faut-il de petits cafés pour répondre à autant de pourquoi ?

Les corrections expliquées ci-dessus, imposées par le principe même du microsillon, étaient déterminées indépendamment par les labels ou maisons de disques, avec ce que cela suppose de gabegie de disparité. En 1952, un grand nombre de professionnels, parmi les plus importants éditeurs phonographiques (dont RCA), mais aussi industriels du son, se regroupent et créent la « Recording Industry Association of America ».

Laquelle propose en 1954 une norme pour la courbe de correction en amont de la gravure, qui sera appelée norme RIAA. Cette norme sera légèrement modifiée en 1970 (RIAA/IEC) par ajout d’une constante de temps supplémentaire dans le grave, mais elle sera peu utilisée et la plupart des préamplis-phono du marché n’en tiennent pas compte.

 

La correction effectuée au moment du Cutting (gravure) doit évidemment être redressée au moment de la lecture sur votre platine et c’est le premier rôle du préampli (ou de la section phono de votre amplificateur) : inverser la compression imprimée sur le vinyle. Ce qui explique que souvent les préamplis phono sont appelés RIAA.

Tel est en résumé le rôle double du préampli phono (ou de l’entrée phono de votre ampli).

- restaurer la linéarité

- augmenter le niveau du signal pour le rendre compatible avec une entrée standard.

 

On complique un peu ?

Allez…

Attention (troisième du nom) à un petit piège : une entrée phono ou un préampli phono ne permet pas systématiquement d’utiliser tout type de cellule phono-lectrice.

J’ai indiqué précédemment un niveau de sortie entre 0,1 mV (cas extrême soit mais 0,25 mV ce n’est pas rare) et 5 ou 6 mV. La différence est énorme. A quoi est-elle due ? Au principe technique de la cellule, ce qui débouche immédiatement sur une nouvelle donnée que l’on croise fréquemment : les cellules MM et les cellules MC.

N’importe quel préampli phono peut être utilisé avec une cellule MM.

Tandis que, sans indication spécifique, il n’est pas compatible avec les cellules MC !

Et encore pour celles-ci vaut-il mieux avoir la possibilité d’adapter les caractéristiques d’impédance du préampli à celles de la cellule.

 

Pour faire vite sur le sujet parce que ça ne mérite pas un article à part (enfin si, peut-être).

- Cellule MM (pour Moving Magnet ou Aimant Mobile) : à l’extrémité opposée au diamant, deux petits aimants sont placés sur le cantilever (porte diamant) entre deux jeux de bobines fixes. Ce sont donc les aimants qui suivent les vibrations de la pointe, induisant un courant électrique dans les bobines.

- Cellule MC (pour Moving Coil ou Bobine Mobile) : à l’extrémité du cantilever sont placées les bobines qui suivent les vibrations de la pointe dans l’entrefer d’un aimant fixe.

La cellule à bobines mobiles (MC) est plus coûteuse à réaliser car les bobines, afin de limiter le poids sur l’équipage mobile, sont petites et réalisées avec du fil très fin. L’équipage est certes plus léger permettant un meilleur suivi de piste, mais la petite taille des bobines (et le fin diamètre du fil) entraîne aussi un niveau et une impédance de sortie faibles ; au profit, théoriquement d’une bande-passante plus étendue, plus linéaire et d’une meilleure séparation des canaux gauche/droite. A condition bien sûr de ne pas tout ruiner par l’utilisation d’un préampli phono banal.

 

Et hop, je suis retombé sur mon sujet.

 

Pour relever impédance et niveau des cellules MC et les ramener dans la norme des pré-phonos MM, deux voies techniques sont possibles :

- un étage électronique actif supplémentaire ou en tout cas plus complexe. C’est le cas de la majorité des préamplis phonos compatibles MC. Les plus sophistiqués permettent d’ajuster plus ou moins précisément l’étage aux caractéristiques d’impédance et de niveau de la cellule, sachant qu’en MC, il y a une grande diversité d’approches.

- la voie royale selon certains puristes : utiliser en amont de l’étage pour MM un transformateur (passif donc) qui élève l’impédance, intégré au pré-phono ou externe. Royale, oui, mais coûteuse, car la qualité est inévitablement liée à celle dudit transfo et la fabrication d’un bon transformateur, surtout pour d’aussi faibles signaux, requiert un travail minutieux. Il doit aussi être adapté à la cellule, dans une fourchette de tolérance plus ou moins large.

De surcroit, un transfo extérieur au préampli nécessite une paire de câbles supplémentaire. Mais il permet aussi de faire évoluer un pré-phono MM vers MC.

Autrement dit, avant de tomber béatement dans le panneau de « une cellule à bobine mobile, c’est mieux », pensez bien à tout ce que la cellule MC nécessite pour se révéler. Sans parler des questions de compatibilité avec le bras de votre platine (poids et compliance). (Et là, pour le compte, ce sera un autre article) (Ou deux).

Mais pour être sympa (oui, ça m’arrive), un petit conseil : ne vous enthousiasmez pas trop vite. Vouloir installer une cellule MC de qualité sur le bras d’une Project à 300 € est une erreur grave. Et c’est pareil sur une Thorens TD166 d’antan. Deux exemples au hasard pour expliquer qu’il ne faut pas associer les éléments n’importe comment dans le monde du vinyle.

 

A la lecture de ce que j’ai expliqué, vous aurez sans doute tiré vous-même la conclusion :

Mieux vaut une bonne cellule à aimant mobile (MM) dans un environnement plus facilement contrôlable, qu’une cellule MC moyenne ou dans un environnement pas à la hauteur.

Or, il existe d’excellentes cellules MM.

 

Ah, dernières petites précisions pour la forme : 

- on trouve - à prix élevés - des préamplis-phono qui proposent plusieurs courbes de correction pour couvrir les choix divers des éditeurs avant 1954… Mouais… Truc de collectionneur obsessionnel ; la qualité des bandes d’alors justifient-elles ce perfectionnisme ? Pas sûr. Si vous envisagez cependant cette hypothèse, munissez-vous d’une cellule mono pour aller jusqu’au bout de l’intransigeance.

- on trouve sur certains préamplis phonos une clef ou un commutateur d’inversion de phase absolue.

Inverser la phase absolue, ça revient à faire reculer vos haut-parleurs sur les impulsions au lieu de les faire avancer. A quoi sert cet inverseur ? Certaines maisons de disques, du fait du nombre d’étages des circuits des préamplificateurs utilisés au moment du mastering (1er étage : phase + 1, 2ème  étage : phase – 1, 3ème étage : phase + 1), livraient des disques dont la phase absolue était inversée. Donc les HP reculent. Cette clef sert à remettre la phase absolue dans le bon sens. Est-ce indispensable ? Non. On a oublié l’idée avec le numérique alors que des disques à phase inversée existent évidemment toujours. Il faudrait quasiment prendre des notes pour chaque disque.

Mais bon, pour les purs et durs, je dois avoir quelque part une liste de la phase selon les éditeurs de la Grande Epoque du vinyle. Faut que je fouille un peu…

 

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